COLLECTION
OF
William Schaus
©
PRESENTED
TOTHE
National Muséum
MCMV
B N T
LE NATURALISTE
*■ * $
REVUE ILLUSTRÉE
DES SCIENCES NATURELLES
AVEC LA COLLABORATION DE MM.
ALLARD, membre de la Société entomologique de France.
ANCEY, membre de la Société malacologique de France.
ANDRÉ, membre de la Société entomologique de France.
AUSTAUT, membre de la Société entomologique de France.
BATAILLON, préparateur à la Faculté des sciences de. Lyon. r.OCOURT, conservateur des galeries de zoologie du Muséum de Paris.
BOIS, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
BONNET (D’), attaché au laboratoire de Botanique du Muséum de Paris. BONNIER (Gaston), professeur à la Sorbonne.
BOULE, attaché au laboratoire de paléontologie du Muséum de Paris. BOURSAULT, géologue.
BOUVIER, agrégé de l’Université, docteur 6s sciences.
BRONGNIART (Ch.), au Muséum d’histoire naturelle (de Paris.
CARLET (D’), professeur à la Faculté dos sciences de Grenoble.
CHRÉTIEN, membre de la Société entomologique de France.
COLOMB, préparateur de Botanique à la Sorbonne.
COSMOVICI (D’), do Jassy.
COSTANTIN, maître de conférence à l’Ecole normale supérieure,
CUÉNOT, docteur ès sciences.
DAGUILLON, agrégé de l’Université.
DANGEARD, chef des travaux de botanique à la Faculté de Caen.
DOULIOT, docteur ès sciences.,
DUFOUR, docteur ès sciences.
FABRE-DOMERGUE, directeur du laboratoire de Concarneau.
FOLIN (Marquis de), membre de la mission scientifique du Travailleur et du Talisman.
GADEAU DE KERVILLE, membre de la Société zoologique de France.
GIARD, chargé do cours à la Sorbonne.
GIRARD (Dr), de Washington.
GIROD (Dr Paul), professeur à la Faculté dos sciences de Clermont-Ferrand. GRANGER (A.), membre de la Société linnéenne de Bordeaux.
HARIOT, attaché) au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
IIECKEL (Dr Ed.), professeur à la Faculté des sciences de Marseille.
JORET (H.), ancien jardinier en chef du gouvernement au Sénégal. JOUSSEAUME (D'), ex-président de la Société zoologique do France.
KŒIILER (D'), chargé de cours à la Faculté des sciences de Lyon.
LECOMTE (H.), agrégé de l’Université.
MAGAUD D’AUBUSSON, inombre de la Société zoologique de France. MALARD, préparateur au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
MALINVAUD, secrétaire général de la Société botanique de France. MALLOIZEL, secrétaire bibliothécaire au Muséum de Paris.
MAURY , membre de la commission géogra-exploratrice de la République mexi- MENEGAUX, agrégé de l’Université.
MEUNIER (Stanislas), aide-naturaliste au Muséum de Paris.
MOCQUARD (F.), aide-naturaliste au Muséum de Paris,
OUSTALET, aide-naturaliste au Muséum de Paris.
PATOUILLARD, membre de la Société botanique de France.
PISSOT (Emile), membre de la Société entomologique de France.
PIZON (A.), attaché au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
PLATEAU, professeur à l’Université do Gand.
POUSSARGUES (E. de), préparateur au Muséum d’histoire naturelle de Paris. QUATREFAGES (de), professeur au Muséum de Paris.
RABAUD (Et.), membre de la Société entomologique do France.
RAILLIET, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort.
ROUY , ancien vice-président de la Société botanique do France.
SAINT-LOUP (Remy), préparateur d'anatomie à l'Ecolo dos Hautes Etudes. SCIIAECK (F. de), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris. TROUESSARD (Dr), ex-directeur du Muséum d’histoire naturelle d’Angers. VAILLANT, professeur au Muséum de Paris.
XAMBEU (Cap6.), membre de la Société entomologique do France.
ETC., ETC.
Éiuile DEYROLLE, Directeur-Gérant. — P;mi GUOIJLT, Secrétaire de la Rédaction
13e Année — 2° Série.
A 1 5 U N N E M E N T A X X U E L
PAYABLE EK U N MANDAT A L’ORDRE DE DIRECTEUR
France .
Algérie . .
Pays compris dans l’Union postale .
Tous les autres pays .
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PARIS
BUREAUX DU JOURNAL
46, RUE DU BAC, 46
189 1
13e ANNÉE
2e Série — X‘ O»
JANVIER 1891
LE NATURALISTE
REVUE ILLUSTRÉE
DES SCIENCES NATURELLES
LA MUSIQUE DE LA NATURE
Depuis les temps les -plus reculés jusqu’à nos jours les naturalistes d'une part, les philologues de l’autre et, enfin, les musiciens de leur côté, se sont occupés de cette intéressante question de savoir s’il est possible, et dans quelle mesure, de noter les bruits, les sons produits par divers animaux, c’est-à-dire de les inscrire sur le papier de musique.
Pour ce qui est des naturalistes, déjà le grand Aristote fait mention, dans son Historia animalhm de nombre d’observations sur la voix et le chant de différents ani¬ maux (l). Parmi les naturalistes modernes qui se sont appliqués à l’étude de cette nature il convient de citer des noms les plus grands et les plus célèbres, comme Réaumur (2), Swammerdam (3), Johann Muller (4), von Siebold(a), et Hermann Landau (6). Reste, en dernier lieu, àmentionner le savant docteur de l’armée indienne, Meyer et le professeur bien connu de Moscou, M. Zograph, qui se sont fait connaître, tous les deuv, par de remarqua¬ bles travaux de ce genre, dans ces derniers temps.
Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur l’état actuel de cette question, afin de pouvoir procéder ultérieure¬ ment à son étude dans chaque groupe d’animaux capa¬ bles de répandre autour d’eux un bruit quelconque agréable ou désagréable.
S’il s’agit d’un son simple, comme le cri perçant du grillon, ou bien le son métallique du pelit crapaud que tout le monde connaît, au dos gris foncé et au ventre couvert de taches noires, connu sous le nom de Bombi- nater igneus, ces sons sont très bien saisis par notre oreille, et il est très facile de les porter sur les lignes du papier de musique. Mais il n’en est pas de même des voix d’autres animaux : la plupart de ces derniers ont des voix très compliquées qu’il est difficile de noter, et cela pour plusieurs raisons. D’une part, il est des sons, par exemple, le croassement de la corneille, qui sont si compliqués que pour les noter et reproduire il aurait
(1) Aristoteles latine interpretibus variis edidit academia regia Browsica 1831, p. 50—314. Historia animal iiun.
(2) Réaumur. Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. Tome V, Amsterdam, 1131.
(3) Swammerdam. Bijbel der Nature. L’édition de Leyden, 1131.
(4) Johann Muller. Ueber Fische, wclch Fone von sich geben. Archiv fur Anatomie and Physiologie , 1851.
(5) S. T. von Sierolb ; Ucbcr des Stimm und Gchororgane der Orthopteren. Wiegnann’s. Archiv fur Naturzeschichte, Ud. X. 1844.
(6) H. Landau Thierstimmen. Freibourg in Breisgau 1 SI 4 . Hereràsche Verlagsbuchandl wg.
fallu avoir des appareils acoustiques très perfectionnés avec différents résonnateurs, d’autre part, ces sons, pour être produits par différents organes, reçoivent un timbre particulier, dont la reproduction est excessivement diffi¬ cile et, enfin, à ce qu’il paraît, notre oreille n’est pas susceptible de percevoir tous les sons de la nature, et beaucoup d’entre eux restent inaccessibles à notre orga¬ nisme.
11 est toutefois à remarquer que la complexité du son n’offre aucune difficulté au point de vue de sa notation et de sa reproduction, étant donné la perfection de la technique moderne dans l’exécution des appareils acous¬ tiques les plus délicats. Ce qui est beaucoup plus difficile, c’est d’imiter le timbre d’un son quelconque, car ce tim¬ bre tient à la vibration simultanée des organes tellement variés que la reproduction de la première paraît être im¬ possible. En effet, si nous prenons en considération ce fait que le coassement de la grenouille est produit par la vibration simultanée des ligaments du larynx, de la base cartilagineuse, de la paroi interne de la mâchoire infé¬ rieure, de la paroi du palais, des parois de la partie large de la trompe d’Eustache, de la membrane du tym¬ pan, et enfin de deux vésicules membraneuses de la joue, qui se gonflent chaque fois que la grenouille se met à coasser, en prenant tout cela en considération, il est facile de comprendre combien est difficile de repro¬ duire artificiellement toutes ces données pour obtenir un son semblable à celui du coassement, et pour décom¬ poser ce son en ses parties substantielles.
Que certains sons existant dans la nature soient inac¬ cessibles à notre organe de l’ouïe, nous pouvons nous en convaincre par quelques réflexions théoriques et par quelques recherches expérimentales. 11 est facile d’ad¬ mettre théoriquement que les vibrations d’un corps, donnant, à un nombre déterminé par seconde, un son accessible à notre organe de l'ouïe, deviennent imper¬ ceptibles à un nombre plus considérable par seconde, pour la simple raison que dans notre organe de l’ouïe il n'existe pas de terminaisons nerveuses qui seraient exci¬ tées par des vibrations si rapides. D’autre part, les expé¬ riences pratiques nous apprennent que chez d’autres êtres l’organe de l’ouïe dispose de parties susceptibles de percevoir des sons beaucoup plus hauts que ceux qui sont accessibles à notre organisme.
Une expérience à ce sujet du savant professeur mosco¬ vite, M. Zograph, mérite d’attirer notre attention.
11 y a 6 ans le savant naturaliste russe, s’occupant de la valeur physiologique des antennes chez les insectes, s’est proposé de vérifier les remarquables expériences du
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LE NATURALISTE
docteur de l’armée indienne, M. Meyer. Ce dernier avait pour but de démontrer que les antennes servent d’or¬ gane de l’ouïe. Il opérait sur les moustiques des environs de Kalkoutta. M. Zograph a modifié l’expérience de M. Meyer, en ce sens qu’il a fait usage, en dehors des diapasons, d’un violon. On sait que les antennes, chez les mâles, des cousins, des moustiques, sont plantées de poils, à l’instar des rayons d’une plume, de sorte que les poils sont d’autant plus longs qu’ils se rappro¬ chent davantage de la base. M. Meyer écrit (Il qu’après avoir fixé l’insecte sous l’objectif du microscope on fait vibrer un diapason en même temps qu’on'observe l’in¬ secte au microscope. Meyer a vu que suivant le son de tel diapason ou de tel autre, sur les antennes de l’in¬ secte vibraient tels poils ou tels autres; c’est là, dureste, le point par lequel Meyer explique la faculté que possè¬ dent les moustiques, de percevoir les sons les plus variés.
Quant à Zograph, comme nous l’avons dit plus haut, il a modifié un peu l’expérience de M. Meyer. Les expé¬ riences portaient sur l’espèce commune du cousin de Moscou, Culex pupiens et sur le Çhironomus plumusm et Corethra plumicomis. Il a procédé de la façon suivante. Après avoir collé les victimes sur le porte-objet par de la glycérine, en laissant libres les ailes chez quelques-unes, il a fait vibrer les diapasons en même temps que le violon. Dès que les sons se sont fait entendre, les poils se sont mis à vibrer, tantôt les uns, tantôt les autres sui¬ vant le diapason ou le violon. Et comme le même phé¬ nomène s’offrait sur tout le corps, le savant Zograph était prêt à croire que les conclusions de Meyer étaient erronées. Mais quelques variations de ses expériences ont fini par le convaincre que les résultats auxquels est arrivé Meyer, étaient justes et exacts. Le professeur a essayé de couper les antennes aux insectes et d’examiner ces derniersau microscope enmême]temps queles diapasons vibraient et que le violon jouait. Immédiatement après la première expérience, Zograph avait vu que l’insecte aux antennes coupées demeurait tout à fait indifférent aux mêmes sons, lesquels en présence des antennes l’ont fait lever ou baisser les ailes, remuer les pieds, exprimer, en général, une inquiétude. Quand Zograph faisait l’expérience dans les conditions opposées, c’est-à-dire en respectant les antennes et en coupant, au contraire, les ailes ou les extrémités, l’insecte, en présence des mêmes sons, se mettait à remuer les organes qu’on lui avait respectés : De telle sorte il a été constaté que les vibrations des poils, chez les cousins et d’autres animaux appartenant au même groupe, produisent des phéno¬ mènes qui ne peuvent être expliqués que par les excita¬ tions des terminaisons nerveuses, et dans le cas parti¬ culier, très probablement ayant provoqué des sensa¬ tions auditives. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que tous les sons ayant été accessibles au profes¬ seur Zograph et à son collaborateur (jouant du violon pendant l’expérience) n’ont fait vibrer que les poils oc¬ cupant les deux tiers inférieurs de l’antenne, tandis que le tiers supérieur demeurait immobile malgré tous les efforts de la partdes expérimentateurs. Une seule fois le savant Zograph a remarqué la vibration des poils du tiers supérieur, mais ni lui, ni son collaborateur n’ont perçu ee son qui faisait vibrer légèrement les poils supé¬ rieurs.
On voit donc combien il est difficile de noter la musique
de la nature ; il n’en est pas moins vrai que les expérien¬ ces dans cette direction ne sont pas uniques : bien au contraire, elles sont nombreuses et surtout dans le pays qui a donné à l’humanité le plus de naturalistes réalistes, mais le moins de représentants des Beaux-Arls, Ce pays, c’est l’Angleterre.
Comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut, les sons simples, uniques se notent, sans difficulté, bien que la hauteur soit considérable. Ouvrons au hasard l’admirable travail de Landau, Thierstimmen et voyons quels sont les sons les plus hauts qui étaient notés par cet investigateur précis. Nous trouvons sur la page 14o, chez le mâle du capricorne musqué, connue sous le nom de Aromia moschata un son désigné en physique par d " ou par re'" (2,141 vibrations par seconde) et représenté par la note se perdant dans les limites du clavier de
É ±
hiâlc femelle
Fig. 1. — Capricorne musqué (Aromia moschata), d’après Landau.
piano ; pour la femelle de ce même insecte nous trouvons a"’ ou la'" représenté par la note moindre d’une octave par rapport à la dernière note du clavier de piano. — Chez les insectes les mâles sont moins grands que les femelles et leurs organes produisentdes sonsplus délicats et plus haut. Dans leur chœur, ce sont des dames qui ont la voix de basse.
Il y a certains cas où la décomposition des sons en leurs parties substantielles n’offre pas de difficultés et peut être atteinte sans appareils ni adaptations particu¬ liers. Il en est ainsi, par exemple, chaque fois qu’un son composé est produit par deux ou trois organes capables de vibrer (résonner), indépendamment l’un de l’autre. En pareille circonstance, on met de côté un des organes en faisant résonner l’autre, de telle sorte que nous arri¬ vons à avoir des sons isolés qui donneront un son com-
Fig. 2. — Cousin ordinaire. Bombus muscorum.
(Culex pipions)
posé en les faisant résonner ensemble. Tels sont les sons de différents insectes, qui sont produits par la vi¬ bration simultanée de l’air passant à travers les fentes très étroites, les ouvertures respiratoires et par la vibra¬ tion renforcée des ailes membraneuses de l’insecte. Les sons de ce genre sont figurés par 2 lignes dont 1 une, supérieure, représente le sou donné par l’organe vocal spécial (la trachée), et l’autre inférieure celui de la vibration des ailes de l’insecte volant. Voilà ci-contre quelques modèles de chants des insectes.
On voit donc que ces chants en tant que
M Annales and Mar/asinc of Natural Ilistory. 1871.
élodie et
LE NATURALISTE
harmonie sont loin d’être ce' que nous entendons par la vraie musique, et les motifs que les musiciens pourraient
Fig. î. — Mouche domestiqué, Jfiisen ifomestictr. emprunter directement à la nature sont extrêmement rares, ne se rencontrent guère. M. Zograph a eu l’occa¬ sion d’entendre des modulations véritablement musica¬ les d’un seul animal, de la corneille. d’Australie, connue dans nos jardins zoologiques sous le nom d’oiseau flûte, Gymnorhina tibicien. L’oiseau flûte ayant demeuré dans le jardin zoologique de Moscou, d’après M. Zograph, commençait ordinairement ses chansons en sifflant le triton majeur, pour passer ensuite aux notes essentiel¬ lement musicales qui se prêtaient malàl’oreille par suite de leur inconséquence. Les oiseaux de l’Amérique du Nord frappent aussi très souvent par leurs chansons vé¬ ritablement musicales et faciles à noter. Sans parler du fameux Mymus polyglottus américain imitant les autres oiseaux, de même que de beaucoup d’animaux domesti¬ ques, même l’homme, l’Amérique du Nord est riche en oiseaux qui chantent, peut-être moins agréablement que
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Fig. 5. — Le chant d’un petit oiseau américain connu sous le nom do Pyrangua rubra.
nos rossignols, nos canaris, nos alouettes, mais qui n’en sont pas moins intéressants, attendu que leurs chants se prêtent très bien à notre oreille et sont faciles à porter sur le papier de musique,
Certains naturalistes, plus particulièrement quelques linguistes, partisans de Max Muller, ont essayé d’enregis¬ trer sur le papier de musique le langage de l’homme à de différentes périodes de sa vie, à divers moments de sa
disposition. On peut trouver de très intéressantes obser¬ vations sur l’intonation de la voix humaine à divers
tino tino tino to to to ta expressive.
stît — r. r. r. ti. ti. tio. to. to. ta.
tio. tio. tio. tio. tino. tié. tié. tiê. fié.
to to to to to to tio tio tio tio tio tio tio
tu tio tio tio i o i tio tio tio Fig. 6. — Le chant du rossignol d’après Lequë. moments de son existence, dans le livre de William Paul : La Philosophie de la musique et dans le savant article de M. Weber sur la mélodie du langage. Le dernier auteur, après avoir fait toute une série d’observations dans cette direction nous donne les mélodie du langage ordinaire. Nous allons citer une de ces conversations journalières, des échanges de politesse à la rencontre de deux amis.
Comment va-t-il votre ami? se porte-t-il bien?
Oui, merci, M va bien, et vous ?
Merci, je me porto bien.
Fig. 1. — Kchango de politesse entre deux amis.
11 résulte de tout ce que nous venons de dire que la transmission des sons de la nature par des signes con¬ ventionnels, par des signes musicaux, n’est pas toujours possible. Voyons, pour terminer, quels sont les animaux qui sont capables de répandre des bruits. Les animaux inférieurs jusqu’aux échinodermes y compris sont tout û fait muets, et ce n’est que des mollusques que commence la série de musiciens de la nature. Les derniers sont très
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rares chez les Crustacés et chez les Araignées ; chez les Myriapodes il n’y en a point, en revanche les insectes for¬ ment, à eux seuls, la plus grande partie de l’orchestre de la nature. Les musiciens plus actifs et plus énergi¬ ques, nous les voyons chez les vertébrés. Ici, certes, les oiseaux occupent la première place, les chanteurs repré¬ sentant les instruments àvent, et les mammifères ; quant aux poissons, bien qu’ils soient considérés comme muets, ils n’en prennent pas moins part dans le concerl commun de la nature, de même que les reptiles et les amphibiens. Le rôle des poissons dans l’orchestre de la nature est comparé ajuste titre à celui du tambour, des castagnettes et d’autres instruments rares dans l’orches¬ tre, avec lesquels les poissons ont de commun le carac¬ tère de leurs sons.
J. Gutman.
UTILISATION DE LA RAMIE EN SÉRICICULTURE
Dans un précédent article (1), j'ai parlé de l'importance industrielle qu’acquerra forcément la Ramie dans notre pays, dès qu’on aura de bonnes décortiqueuses. Mais depuis cette époque, le consul anglais à la Nouvelle-Orléans a donné con¬ naissance d’un fait (V. New Garden Bulletin, 1890), qui aura, s’il se reproduit partout, ce qui ne peut être douteux, une influence considérable sur le développement des cultures de Ramie.
Certains sériciculteurs américains, par suite de la maladie des mûriers, ne pouvant se procurer des feuilles en quantité suffisante pour leurs élevages de vers à soie, eurent l’idée de présenter à ces animaux des feuilles de Ramie ( Bœhmeria nivea). Ils constatèrent avec plaisir que non seulement clics furent rapidement et avidement dévorées, mais que les vers ne parais¬ saient nullement incommodés par ce changement de nourriture. Les cocons qu’ils obtinrent ainsi différaient des cocons prove¬ nant d’animaux nourris avec des feuilles de mûrier par leur grosseur qui était plus considérable et par leur soie qui était plus fine.
Si ce fait est confirmé par des essais probants, il y aura donc un double avantage à cette substitution do feuilles pour la nourriture des vers à soie, et la Ramie dont la culture est si facile et si peu coûteuse, qui s’accommode de tous les climats et entre autres de celui de la zone où se trouvent des magnaneries, sera appelée à rendre de grands services aux éleveurs de la région méditerranéenne. En Italie, on s'est déjà ému de cette découverte, et les éleveurs français auraient tout avantage à contrôler ce fait qui peut être important pour l’avenir de l’in¬ dustrie séricicole.
A. Meneoaux.
UN RARE ÉCHANTILLON D’OR CRISTALLISÉ
Cet échantillon a été trouvé à Summit (Colombie) en 1887 ; la mine de cristal d’or d’où il a été tiré est ce que les mineurs appellent « mine de poche » et la variété « gisements par filons ». Le filon gît en ardoise noire et est mêlé à de l'oxyde rouge de fer, probablement venant des pyrites ; la portion au¬ rifère varie de l’épaisseur d’une lame de couteau à 6 pouces, le spécimen fut rencontré à la jonction de deux filons. De l’or brut avait été extrait à quelque distance, ce qui encouragea les mineurs à faire un tunnel conduisant à la découverte du filon.
Le poids de ce spécimen est de 92 onces 7 (troyweight) (2), l’extrême longueur 7 pouces, la largeur 5 pouces 1 1/18, l’épaisseur .3 pouces, la densité 7. 51368 +; la pureté de l'or 814, de l’argent 130, valeur de l’or par once, 16 dollars 82 cents (84 Frs 10 c.).
En plus de sa valeur intrinsèque, il a une haute valeur scientifique, et il est à espérer qu’on lui trouvera une place honorable dans quelque musée national, car ce serait une in¬ culte à la nature et une perte sérieuse pour la science de l’en-
(1) Naturaliste du 1" mars 1890.
(2) L’once troyweight est de 31 gram. 1.
vover à la fonte. La beauté des cristaux dont il est presque entièrement composé ne peut être bien appréciée qu’à l’aide d’un microscope. Tandis qu’à l’oeil c’est un bel et intéressant objet, il est simplement merveilleux quand on l’examine sous un grossissement de 20 diamètres et qu’on voit chaque détail cristallographique. Beaucoup des faces, lorsqu'on les examine dans ces conditions, prennent la forme de panneaux déprimés, une rare particularité de l’or, quoique déjà notée auparavant par les minéralogistes. Les cristaux sont petits, en général, et pas du tout parfaits, mais leur détail comme groupe et indivi¬ dualité sont dignes d’étude sérieuse et soigneuse.
L’état des cristaux indiquerait un dépôt dans la veine par lente accession d’un fluide tenant de l’or en solution. Il n’est pas possible qu’un; tel' spécimen résulte simplement de fusion et cristallisation subséquente, tandis que la masse se refroi¬ dissait lentement (opinion émise par quelques géologues).
Récemment, J. -O. Whitney retira de la mine hydraulique de Scott rîveren Siskiyou,un bel échantillon d’or amalgamé. Bien que les spécimens n’égalent pas le précédent en beauté, il n’est pas différent comme poids et comme valeur, et l’étude qu’on peut en tirer n’est pas moins intéressante. En examinant les petits' grains d’or, on les trouvé être simplement des masses arrondies d’or brillant et jaune, sans la moindre trace de cristal, fil ou forme feuillue, particulière au même métal en quartz. (D’après identifie American.)
DIAGNOSES DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Cratnsiî» lnilineata n. s.p.
Taille ët port de Cratosia Parallela Feld. Dessus des supé¬ rieures rouge brique uniforme teinté de jaunâtre à l'apex, en¬ cadré tout autour de noir et coupé dans la partie supérieure par un long trait également noir qui n’attoint pas le bord externe.
Dessous noirâtre, laissant voir on partie la teinte rouge supé¬ rieure par transparence.
Dessus et dessous des inférieures noirâtre avec le centre plus clair.
Tète, collier et thorax noirs ainsi que les derniers anneaux de l’abdomen. Ptérygodcs, dessus du corps, tibias et poitrine rouge brique; reste des pattes et dessous de l'abdomen noir.
Cette espèce a une grande ressemblance avec Parallela Feld., mais s’en distingue aisément par le trait noir unique, l’enca¬ drement et la frange noirs aux supérieures, enfin le noir qui envahit la partie inférieure de l’abdomen.
3 2 de .San-Francisco, près Loja, août 1886.
P. Dognin.
LE MOUTON DOMESTIQUE
Lorsqu’on cherche à établir la liste des races de mou¬ tons actuellement existantes, on court grand risque d’en oublier quelques-unes. Les races formées par les éle¬ veurs sont extrêmement nombreuses, chacun veut avoir la sienne, et cela lors même que les caractères zoologiques n’élèvent même pas les animaux au rang des variétés.
Les principales races cependant diffèrent notablement les unes des autres. Si les moutons sont devenus, les uns des animaux charnus et gras montés sur des pattes grêles et courtes, comme par exemple ceux de race Charmoise, si d’autres comme la brebis belge des Polders sont chargés d'une laine fine et soyeuse, abondante au point de leur donner l’aspect d’un jouet d'enfant, c’est sous l’influence de causes que nous allons passer en revue .
Certaines modifications de la disposition et des pro¬ portions relatives, soit dans la charpente squelettique, soit dans la musculature soit enfin dans la forme générale du corps et dans l’aspect de la toison, méritent d’être observées comme tous les phénomènes biologiques, sur¬ tout quand elles ont pour résultat la créali n d’animaux monstrueux par rapport à l’espèce type, normaux au
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LE NATURALISTE
contraire dans leur race qui se propage identique à elle- même.
Les causes des difformités, et nous employons ce terme dans son acception large, ces causes ne sont pas attri¬ buables uniquement à l’intervention de l’éleveur. Il est admis que les échantillons des différentes races ont été obtenus par sélection, par croisements, ou par des procédés mixtes comprenant à la fois l’une et l’autre méthode; en fait, d’autres influences entrent en jeu et nous en parlerons après avoir exposé ce qu’il faut entendre par sélection et par croisement.
On fait de la sélection, lorsqu’on choisit, parmi un groupe quelconque d’animaux de même espèce, ceux qui présentent les caractères que l’on veut reproduire chez leurs descendants, en choisissant ensuite parmi les des¬ cendants ceux chez qui les caractères préférés sont le plus nettement accentués et ainsi de suite dans chaque génération. L’expérience a montré que l’on parvient ainsi à obtenir au bout d’un certain temps un ou plu¬ sieurs couples d’animaux dont les caractères acquis se transmettent indéfiniment aux descendants.
Par ce procédé on réussit à fixer, c’est le terme con¬ sacré, telle particularité individuelle à l’origine, qui devient à la fin le privilège de la race.
La matière animale vivante est donc jusqu’à un certain point plastique entre les mains de l’homme, qui pourra modeler des formes très diverses, mais à la condition de ne diriger ses essais dans une même suite d’expé¬ riences, que vers un but unique très défini.
Daubenton, le berger de Fiance, comme on l’a appelé, avait fait de nombreux efforts pour enseigner et pour vulgariser l’usage de cette méthode qui a rendu au point de vue pratique de très sérieux services. On doit aussi à Daubenton d’avoir fait expérimenter la méthode du croi¬ sement sinon pour la première fois, du moins avec le plus de suite.
On forme une race par croisement en introduisant dans un troupeau des béliers ou des brebis appartenant à une race étrangère meilleure et dont les produits avec la race indigène seront à leur tour améliorés soit par sélection soit par de nouveaux mélanges avec la race étrangère.
Nous ne discuterons pas ici les avantages de l’une ou de l’autre méthode, nous bornant à noter quelques faits signalés par divers observateurs et qui rentrent dans le cadre non seulement de l’économie agricole mais aussi de la zoologie générale.
Si l’on considère que par la seule sélection des éle¬ veurs anglais sont arrivés à augmenter d’un tiers le poids de la chair sur leurs moutons, que d’autres éleveurs ont pu augmenter la longueur de la laine jusqu’à obtenir des laines de vingt-deux pouces de long sur des brebis dont les arrières-grand’mères avaient des laines de trois pouces, on se demandera s’il existe une limite à l’étendue des accroissements divers que l’on pourrait imposer à une race d’animaux.
Cette limite nous est marquée par ce que nous sommes habitués à appeler la fixité de l’espèce. Il nous manque, pour franchir cette barrière, le temps qui est nécessaire à toutes les évolutions naturelles et aussi le pouvoir de modifier profondément les conditions de milieu.
Ces conditions de milieu sont loin d’être négligeables; la transformation obtenue par l’éleveur est puissamment actionnée et dirigée par ces causes qui entravent ou favo¬ risent l’action de l’homme.
La nature du sol et de ses produits, le degré d’humi¬ dité et la température du climat sont d’un effet constant qui impose des caractères à la race. Si des conditions climatériques nouvelles sont peu éloignées des conditions habituelles, l’organisme peut s’assouplir au nouveau régime et le résultat de l’adaptation est souvent le chan¬ gement d’aspect des organes; si au contraire l’effort d’adaptation exigé dépasse la plasticité organique, l’animal meurt ou cesse de se reproduire.
Ceci permet de comprendre comment les perfection¬ nements par sélection sont moins aléatoires et donnent des résultats plus fixes que le croisement qui suppose . l’acclimatation. Les difficultés et les bénéfices de cette acclimatation ont, dans le cas spécial, été mis en évi¬ dence par les essais d’importation des moutons mérinos qui, d’une part ont perdu de leurs qualités dans certaines régions et d’autre part ont acquis, surtout en certains points de la France et de la Saxe, une laine plus fine que celle qu’ils avaient en Espagne.
Des faits d’un autre ordre présentent de l’intérêt. Dans les croisements, les caractères transmis aux descendants ne sont pas les mêmes si les moutons importés sont mâles ou femelles. L’influence du bélier est prédomi¬ nante pour les modifications de la toison, de l’ossature et de la musculature des parties antérieures du corps ; l’influence de la brebis se fait sentir sur la taille des produits et sur les dimensions relatives de la région postérieure du corps.
Le choix des béliers a donc été fait avec le plus grand soin lorsqu’il s’est agi d’obtenir des laines capa¬ bles de rivaliser avec celles qui étaient importées de Perse. La toison se compose de deux sortes de poils, les uns constituent le jarre, les autres la laine proprement dite. Il fallait diminuer la proportion du jarre et aug¬ menter la finesse de la laine.
La prédominance de la laine et la délicatesse des fila¬ ments ont pu, chez certaines races, devenir telles, qu'il a suffi d’un kilogramme de cette laine pour fournir de vingt-cinq à trente mille mètres de fil. On cite même un exemple où une livre de laine a fourni trente-huit lieues de 111. Sans doute ce mouton-là était croisé de vers-à- soie.
La classification méthodique non seulement des races de moutons mais encore des espèces actuellement con¬ nues n’a pas été faite jusqu’ici. Pour les races, comme nous l’avons dit, le dénombrement donne un chiffre si élevé qu’il faut renoncer à les distinguer toutes si l’on ne veut entreprendre l’étude de l’arbre généalogique de chaque troupeau. Les archives manquent sur quelques points et c’est fort, heureux. En admettant que l’on dégage de ce chaos une vingtaine de races à peu près nettes, on arriverait à chercher les ancêtres de nos moutons dans trois directions et le problème ne s’arrê¬ terait pas là. Le mérinos a certainement une grande part de responsabilité dans l’état actuel de la population ovine en France. Il est entré dans nos bergeries à maintes reprises. Daubenton l’avait amené à Montbard où il ne resta pas inactif. Louis XVI lui fit à Rambouillet une place où il demeure pensionnaire de l’Etat. Plus tard encore des traités avec l’Espagne assurèrent la propaga¬ tion de cette race d’élite.
Ceci admis il faut démêler l'origine des mérinos. On prétend que les Romains amenèrent ces moutons en Espagne ; il est assez curieux de remarquer, à ce propos, que dès qu’une question se perd dans l’antiquité, les
LE NATURALISTE
II
Romains sauvent la situation, jusqu’au jour où un archéologue ouvre un tombeau. Si l’archéologue n’ouvre rien, c’est, un géologue qui dans les mâchoires d’un ours de l’âge de pierre trouvera le tibia du mouton demandé. Laissons les mérinos; le sang des béliers anglais s’est mêlé à celui de nos moutons ; •l’enquèle doit se diriger sur l'origine des Suffoltlc, des Dishloy, des New-Kent; les difficultés sont les mêmes.
Il reste enfin à chercher dans le pays même ; le triage n’est pas facile encore. D’autres importations ont été faites ; les Hollandais ont embarqué des moujtons sur les côtes de la Nouvelle-Guinée et nous en avons reçu sous les noms de Ovis longipes, Moutons du Texel, Moutons de race Flandrine. La vieille, race indigène, celle des peuples pasteurs qui vivaient avant l’histoire sur notre sol de France, a enterré son secret assez profondément; elle a eu l’extrême délicatesse de laisser, à la surface du sol, une descendance qui fournit, aujourd’hui comme alors, cette pièce anatomique désignée vulgairement sous le nom de gigot de mouton. Ce document nous reste, c’est une consolation rëlative pour cetix qui vou¬ draient mieux connaître l’aïeul premier de la race ovine.
Remy Saint-Loup.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
Erythrœa capitata Willdenow ap. Cliamisso Adnotationes quœdam ad Floram Berolinensem (1815), p. 9 (append. éd. 3 Verzeichn. der auf den Friedlœndischen Gütern cultivirten Gewœchse,nebst einem Beitrage zur Flora der Mittelmark , aucl. F. Walter); Rœmcr et Schultes Syst. regel.. IV, p. 168 et 786; Townsend in Journal of Linnean Soc., XVIII (1881), p. 402 (On an Erylhræa neic to England, etc., cum icône) et Flora of Hampshire , p. 213,502; Babinglon Manual o/Brit. bot., éd. 8, p. 241 ; Corbière InBullet. Soc. Linn. de Xorman- die, troisième série, vol. X, p. 170-171 (Une plante nouvelle pour la flore française) et in Mèm. Soc. Sciences nat. et math, de Cherbourg, XXV, p. 273 ; Lloyd et Foucaud Fl. de l’ouest, éd. 4, p. 229. — Exsicc : Witlrock Erythrœœ exsicc. . n° 1 1 ; Ch. Ma- gnier Flora selecta , n° 2245. — Plante annuelle ou bisannuelle. Racine pivotante, atteignant sou¬ vent deux et trois lois la longueur de la tige à ra¬ meaux peu nombreux. Tiges courtes (2-10 cen¬ timètres) quelquefois presque nulles, solitaires ou plusieurs partant du collet de la racine, simples ou rameuses dès la base, munies parfois à Faisselle des feuilles de la dernière paire, quelquefois aus-i de l’avant-dernière, de un ou deux rameaux aphylles terminés par un petit capitule de (leurs dépassant le glomérule principal. Feuilles radicales en roselle dense, sessiles, glabres, ovales-oblongues, minces, les caulinaires plus étroites, plus ou moins décur- rentes, les dernières paires souvent très rap¬
prochées du glomérule floral et alors l'égalant ou le dépassant. Fleurs nombreuses, sessiles, en, glomé¬ rule dense, munies chacune de 2-3 bractées li¬ néaires inégales. Divisions du calice étroitement linéaires, égalant ou dépassant le tube de la corolle à l’anthèse. Corolle à tube non resserré à la gorge et égalant les lobes ovules-oblongs, obtus. Etamines insérées cl la base du tube de la corolle ou, plus ra¬ rement, à insertion hypogyne (1). Capsule subacu- minée dépassant sensiblement le tube après Fan- thèse. — Juillet-août.
Hab. — Manche : pelouses rases et pierreuses au bord de la mer à Bretteville près Cherbourg (herb. R., Corbière), coteaux maritimes à Carter et (Lebel, Corbière) ; dunes fixées à Créances près Lessay {herb. R., Corbière).
Aire géographique. — Allemagne : Berlin, Munich; Suède: iled’Œland-, Angleterre: île de Wight, Sussex (2).
VE. capitata Willd. diffère de VE. Centaurium Pers. et de sa var. capitata Koch par les fleurs en cyme serrée ordinairement égalée ou dépassée par les feuilles caulinaires ultimes, le calice à divisions atteignant au moins la longueur du tube delaco- ro’le à l’anthèse, les étamines à filet inséré à la base du tube de la corolle (et non à la gorge).
Obs. — Cette plante singulière qui, par ses éta¬ mines à filet inséré à la base du tube, semblerait même devoir sortir du genre Erythræa, ainsi que l’a fait remarquer M. Townsend, si l’on s’en tenait aux caractères attribués dans le aux Erythræa :
a . Stamina 3-4, corollæ tubo superiore inser-
ta », doit-elle être acceptée comme espèce ? — Nous ne le croyons pas, et elle constitue seulement pour nous une sous-espèce de VE. Centaurium , basée sur le dimorphisme du type, comme les E. glomerata Wittr., Morieri Corb., Schuttleicorthiana Rouy (E. nana Shuttlew. in herb., non Hegetsch ; herb . R.. leg. Auzaude, ex herb. Huet) (3) sont des sous-es¬ pèces parallèles des A. littoralis Fries, ramosissima Pers. (et forma E. pulchella Fries) et maritima Pers., caractérisées par une taille naine, des feuilles très rapprochées, les fleurs réunies en cyme com¬ pacte ou agglomérées, entourées par les feuilles caulinaires supérieures, les divisions du calice plus longues que le tube de la corolle, les étamines insé¬ rées à la base ou vers le milieu du tube de la co¬ rolle. Ces sous-espèces se rencontrent toutes dans les régions maritimes, sur le littoral. Ajoutonsque
(1) Dans ce cas la corolle est dialypétale [sec. Corbière.
(2) Les deux variétés : Willdenowiana et sphœrocephalaTowns. ne sont pas sulïisamment distinctes d’après MM. Wittrock et
(3;: (L’E. Schuttleicorthiana Rouy (Chironia maritima pumila Herb. Robert) a été découvert par Auzandc à l’ile du Levant (iles d’Hycrcs.) — Il se sépare de l’£. maritima Pers. par ses fleurs subsessiles agglomérées en capitule, les divisions c a 1 i - cinales un peu élargies plus longues que le tube de la corolle, atteignant ou dépassant la moitié du limbe, les 'feuilles supé¬ rieures très rapprochées entourant le capitule florifère et sou¬ vent plus grandes que les radicales.
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LE NATURALISTE
les formes naines et capitées ou subeapitées, mais a étamines insérées près de la gorge et à divisions du calice comme dans ie type des E. Centaurium (var. capitata Koch), E. littoralis (var. minor Waldstedl). E. ramosissima (var. nana, Rony = E. nana Hegelschw., Gliironia nana Bast.), E. mari- tima (var. occidentalis Rony = Genliana maritima Thorc, Chironia occidentalis DO.), établissent la transition entre les sous-espèces citées ci-dessus et le type pécifique.
(A suivre.)
G. Roüy.
A PROPOS DE LA. MALADIE DES BARREAUX
Dans le Naturaliste du 1er novembre dernier, M. le Dr Girard a consacré une note à la grave affection qui a sévi cet été sur les Barbeaux de la Seine. .Je crois utile de présenter quelques observations au sujet de cotte note.
Ce n’est, pas la première fois que des épidémies de ce genre sont signalées. D’après les renseignements que nous fournissent les auteurs allemands, dès la fin de l’année 1870, on aurait vu dans la Moselle, notamment à Trêves, de grandes quantités de Poissons, et en particulier des Barbeaux, flotter à la surface de l’eau : toutefois, personne ne parait avoir déterminé, à cette époque, la cause du mal.
De 1883 à 1885, c’est-à-dire pendant trois années consécu¬ tives, ce sont les Barbeaux de la Meuse qui ont été attaqués. L’épidémie s’est accusée peu à peu, de manière à acquérir son maximum d’intensité vers le milieu de l’année 1884; elle s'est limitée à la Meuse même, dans le voisinage de Méziéres, sans envahir les affluents : dans certains jours de cette période, on enterrait, à Méziéres seulement, jusqu’à 100 kilogrammes de Barbeaux; la Meuse était couverte de cadavres.
A ce moment (1884), M. Ladague, vétérinaire à Méziéres, qui étudiait avec grand soin cette maladie, fit expédier à Alfort quelques-uns des poissons atteints, et nous reconnûmes, M. No- card et moi, que les tumeurs dont ils étaient tous porteurs, et qui étaient évidemment le point de départ de troubles observés, avaient pour base des psorospermies ou myxotporidies .
Quelques années plus tard, la maladie en question avait cessé au voisinage de Méziéres, mais elle sévissait en aval, vers la frontière belge; puis elle fut signalée en Belgique même, où on l’attribua, bien à tort, à l'action de certains Vers.
D’autre part, on l’étudia de nouveau dans la Moselle, et les observateurs, Mégnin en France, H. Ludwig on Allemagne, s’accordèrent à reconnaître la nature psorospermique des tu¬ meurs caractéristiques.
L’année dernière (1889', elle sévissait dans l'Aisne, au voisi¬ nage do Rctliel, et c’est au mois cle juin de cette année seu¬ lement qu’elle est apparue dans la basse Marne (l),pour gagner bientôt la Seine. J’ai donné quelques détails sur cette dernière épidémie dans le Bulletin de la Société centrale d'agriculture de France.
Pour rectifier les indications de M. le Dr Girard, il me suf¬ fira donc de rappeler les points principaux des notes que j’ai publiées antérieurement sur ce sujet.
Les symptômes de la maladie sont assez faciles a saisir. Les Barbeaux atteints sont moins vifs qu’à l’état normal; ils ont beaucoup de peine à remonter les courants : au lieu do se tenir, comme à l’ordinaire, dans les points où l’eau a une marche rapide, près des piles de ponts, par exemple, on les voit re¬ chercher les endroits calmes. Finalement, ils se laissent prendre à la main ou à l’aide d’une simple épuisette.
Les sujets atteints sont de toute taille et de tout poids ; les adultes sc montrent aussi souvent malades que les jeunes ou barbillons. 11 faut remarquer toutefois que le corps est souvent dilaté, et que, par suite, le poids réel est bien infé¬ rieur à ce. que semblerait indiquer l’apparence extérieure.
(P D’après des renseignements qui m’ont été communiqués récemment, on l’avait constatée depuis plusieurs années, dans les départements de Soine-et-Marne et de la Marne.
La surface du corps est. terne; le tégument est recouvert d’une sorte de mucus huileux, et les poissons glissent facile¬ ment des mains quand on veut les saisir. Le plus souvent, ils présentent des lésions extérieures bien apparentes, tumeurs ou ulcères, ceux-ci dérivant de celles-là. Les tumeurs, hémisphé¬ riques ou un peu allongées, siègent principalement sur le ventre ou sur les côtés du corps; elles sont en nombre assez variable, et leurs dimensions varient également, depuis la grosseur d’une noisette jusqu’à celle d’un œuf de poule. A leur niveau, les écailles sont soulevées, peu adhérentes et finissent par se déta¬ cher. Souvent alors la tumeur s’ouvre en laissant échapper une matière puriforme d’un gris jaunâtre; elle prend ainsi l’aspect d’un ulcère profond, à bords saillants, enflammés, et d’aspect sanguinolent. Au fond de cet ulcère, ainsi que dans la matière qui s’en échappe, on trouve des myriades de ces corps lenti¬ culaires que Millier a fait connaître, en 1841, sous le nom de psorospermies.
Dans certains cas, à la vérité, les tumeurs ne s’ouvrent pas à l’extérieur, ou même on n’en remarque point d’apparentes ; mais on trouve alors les kystes parasitaires à l’intérieur, soit dans les muscles, soit dans la cavité viscérale. En tout cas, la chair est jaunâtre, molle et prend par la cuisson une saveur amère plus ou moins prononcée.
Tous les poissons attaqués ne sont pas nécessairement des¬ tinés à périr; dans la Meuse et dans le Rhin, on a vu dès èas do guérison spontanée; d’autre part, M. Ladague a constaté qu’en ouvrant les tumeurs et en les vidant, on prolonge de beaucoup l’existence des sujets; parfois même on parvient à les guérir.
En somme, T « ampoule » qu’a observée M. le Dr Girard, et dont il décrit le contenu comme étant de « nature adipeuse », n’est autre chose qu’un kyste parasitaire, renfermant une foule de spores ou psorospermies.
L’étude de ces kystes a été faite récemment par L. Pfeiffer, de Weimar (Die Protozoen ah Krankheitserrcger , Iéna, 1890), et cet auteur a reconnu qu’ils ont, tant dans leur constitution propre que dans leur siège et leur évolution, une grande analogie avec le Sporozoaire des petits Ruminants que j’ai décrit sous le nom de • Balbiana gigantea. Cependant, par la constitution des spores, ils se rattachent au groupe des Myxosporidies. tandis que celui-ci appartient aux Sarcosporidies.
On ignore encore par quelle voie se. fait l’infestation des poissons (peau, branchies ou voies digestives). Quant aux con¬ ditions qui la favorisent, on a cru les trouver surtout dans la malpropreté des cours d’eau, qui reçoivent de plus en plus les eaux vannes des usines, dans l’établissement de barrages qui ralentissent les courants, etc.
Les moyens à opposer à cette maladie dépendent à peu près exclusivement de la prophylaxie ; en recueillant des poissons dès le début du mal, c’est-à-dire avant l’ouverture des tumeurs, et en les enterrant à une certaine distance de la rivière, on supprimerait les éléments de la contagion, et la maladie s’étein¬ drait sans doute beaucoup plus rapidement.
Il me paraît inutile de parler de la consommation des pois¬ sons atteints, au point de vue de l’hygiène. L'aspect répugnant qu’ils offrent, du moins quand les tumeurs sont ulcérées, et la saveur amère que possède leur chair me portent à croire que bien peu de personnes doivent se décider à les manger. Au surplus, l-ien ne permet de supposer, jusqu'à présent, que cette consommation offre le moindre danger.
A. Railuet.
L’HIBERNATION
( Mammifères )
Voici l’hiver arrivé dans toute sa rigueur, amenant un changement complet dans les conditions de la vie : les animaux, les plus humbles comme les plus élevés en or¬ ganisation, sont prévenus par leur instinct, résultat d’une expérience plusieurs fois séculaire, et mettent tout en œuvre pour échapper ou pour survivre au fro:d ou à la faim. Pour quelques-uns, les Carnassiers notamment, l’hiver marque le summum de leur activité ; la vie, rela¬ tivement facile durant la belle saison, devient dure à l’époque des frimas, lorsque la neige couvre la terre : les individus isolés jusque là se rapprochent, s’associent
LE NATURALISTE
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pour vivre, tentent des expéditions audacieuses et loin¬ taines. « La faim fait sortir le loup du bois », dit la sagesse des nations, qui, pour cette fois, est d’accord avec la réalité. Mais les trois quarts du temps, l’hiver amène un ralentissement vital considérable; quand il est long, comme dans les pays élevés ou dans les ré¬ gions septentrionales, on peut dire sans paradoxe, que l’animal emploie les quelques mois d’été à se préparer pour la mauvaise saison, à accumuler suffisamment de matériaux de réserve pour subsister durant la longue période qui le réduit à l’inaction.
Une étude générale de l’hibernation serait des plus intéressantes; mais, comme pour beaucoup de points de physiologie générale, on a d’abord étudié en grand dé¬ tail les Vertébrés, et l’on ne sait que très peu de chose pour les animaux plus inférieurs, qui fourniraient cepen¬ dant des résultats du plus haut intérêt.
Mammifères. — On sait que l’un des premiers effets du froid sur les Mammifères est la modification du pelage, qui, devient plus épais et plus long; entre les poils ou crins qui le composent, se forme une quantité considé¬ rable de duvet fin, qui emprisonne beaucoup l’air, et réduit au minimum la déperdition de chaleur. Naturel¬ lement plus l’on remonte dans le Nord, et plus les mo¬ difications sont sensibles; ce sont là des faits tellement connus qu’il n’y a pas lieu d’insister.
Ce qui est curieux, c’est que le même effet se produit quelquefois sous une influence exactement contraire : tout le monde connaît les chèvres et les chats Angora, à poils longs et soyeux; ces races proviennent d’Angou-
Fig. 1. — Chèvre angora.
rieh en Anatolie (Ancyre des anciens), où l’hiver qui dure quelques mois à peine, est très clément; la tempé¬ rature estivale y est aussi fort élevée. Cette hypertrophie du système pileux a probablement pour but d'empêcher l’absorption de la chaleur extérieure, de même que les Arabes se couvrent dans le même but de burnous blancs et épais.
Non seulement le pelage s’épaissit, mais il change souvent de teinte. L’Ecureuil commun ( Sciurus vulgaris), d’un beau roux en été, devient pendant l’hiver, dans les pays du Nord, d’un brun grisâtre avec le ventre blanc ; le Renard bleu ( Vulpes lagopus), eu été couleur de terre ou de rocher, est blanc eu hiver; de même l’Hermine
[Mustela herminea), dont le bout de la queue reste cepen¬ dant toujours noir; le lièvre des Alpes ( Lepus variabilis ) devient aussi tout blanc, sauf aux pointes des oreilles. Ces changements de coloration ne sont pas si absolus
Fig. 2. — Le Renard bleu.
ni si réguliers qu’on le croit d’ordinaire; pendant l’hi¬ ver, on tue en Islande des Renards bleus de toute teinte, les uns blancs, les autres gris cendré; en été, y on trouve parfois de jeunes Renards, à peine âgés de quelques semaines, dont la robe est entièrement blanche.
11 est extrêmement probable, au moins pour quelques- uns, que ces changements de coloration sont des phé¬ nomènes d 'homochromie, ayant pour but d’harmoniser leur couleur avec celle du-milieu où ils vivent; le Renard bleu, l’Hermine, le Lièvre variable, habitent des ré¬ gions souvent couvertes de neige, où nombre d’animaux (Oiseaux, Ours, etc.), restent blancs pendant toute la durée de l’année. La théorie darwinienne considère ces phénomènes d’homochromie, comme fixés par la sélec¬ tion naturelle; les individus les moins visibles, par suite de leur teinte, étant épargnés de préférence aux autres, et propageant ainsi leur race. Sans nier ce qu’il peut y avoir de vrai dans celte, hypothèse, il est cependant pro¬ bable qu’il y entre un autre facteur ; peut-être, comme dans beaucoup de cas analogues, une réaction directe de la couleur du milieu sur la couleur de l’animal. D’ailleurs, il s’en faut de beaucoup que la teinte blanche coïncide avec l’apparition des neiges ; elle apparaît graduellement, plus ou moins tôt suivant les régions; on saitqu’en Angle¬ terre, quelle que soit la rigueur de la température, l’Her¬ mine reste d’un brun grisâtre et ne devient jamais blan¬ che. On s’est peut-être un peu trop pressé de considérer toutes ces questions comme résolues du coup par l’hypo¬ thèse de la sélection naturelle; il faut reconnaître d’ail¬ leurs que dans ces dernières années celle-ci a perdu beaucoup de terrain, et que l’on en revient de plus en plus aux idées de Lamarck, qui accordent un • influence prépondérante à la réaction directe du milieu sur l’ani¬ mal. 11 est aussi très probable que les ressemblances homochromiques ne se produisent pas toutes par le même processus, et qu’il faut les étudier séparément pour chaque groupe.
Les Chauves-souris hibernent plus ou moins longtemps suivant les régions : à l’approche du froid, elles se re¬ tirent dans les cavernes, les édifices en ruines, etc., et s’attachent aux saillies en se pressant les unes contre les autres; chaque individu est suspendu par s -s pattes de derrière; souvent des espèces différentes se rassemblent dans le même gîte pour passer l’hiver. Lorsqu’on les
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LE NATURALISTE
surprend dans leurs retraites, elles sont fort engourdies et ne font aucun effort pour se sauver ; elles ne sortent que lorsque les premiers Insectes apparaissent dans 1 air. On a observé un fait curieux au sujet de l’évolution des embryons chez les Chauves-souris qui hibernent : le déve¬ loppement commen¬ cé s’interrompt tout à fait pendant l’hi¬ ver, pour ne repren¬ dre qu’à la belle sai¬ son.
Parmi les Carnas¬ siers, les Ours sont à peu près les seuls à s’engourdir pen¬ dant les grands froids et encore il faut en excepter les Ours blancs des régions polaires. Ces plantigrades se creusent un trou dans la terre, qu'ils tapissent de branches et de feuilles, ou se logent dans le tronc d’un arbre , et s’engourdissent: pendant quelque temps, la période d’hibernation étant coupée par de courts réveils. C’est à ce moment surtout qu’on les chasse dans beaucoup de régions, notamment dans l’Amérique du Nord : les Indiens reconnaissent la présence d’un Ours dans un arbre ou une caverne par la trace des griffes ou par la légère vapeur qui s’échappe; ils tuent l’animal, soit dans son gîte même, soit après l’avoir fait sortir en l’enfumant.
L. ClÉNOT.
(A suivre.)
Fig. 3. — Molosse de Ce accrochée aux parois d’un verne (1/2 gr. pat.).
LE COCOTIER DES SÉCHELLES
( Lodoicea Sechellarum).
C'est dans une des îles des ; Séchelles découverte en 1743 par M. de la Hourdonnaie, qu’il appela île des Palmes, et qui a été depuis nommée île Praslin, que croît ce magnifique palmier dont l’origine dans les Indes a été longtemps inconnue. Linscot, Garzias, Acorta et Clusius ou Delecluze sont les premiers (bota¬ nistes qui aient fait connaître en Europe le fruit de cette majestueuse Borassinée, sous le nom de Nux medica, et du temps de Gaspard Bauhin, on ne doutait plus que ce ne fut le fruit, d’un Palmier, puisque cet auteur le désigne dans son Pinax, page 39, sous le nom de Palma coccifera figura ovali, mais on n’avait, pas encore d’idéejuste de ce Palmier.
Cet arbre s’élevant en plusieur endroits de l’ile de Praslin, sur le bord de la mer, la plus grande partie de ces fruits tombaient dans l’eau au-dessus de laquelle ils surnageaient, puis les vents les poussant ainsi que les courants dont la direction dans ces parages est à l’Est- Nord, les portent jusqu’au rivage des Maldives, la seule partie où on les trouvait avant la découverte de l’ile Praslin, ce qui fit donner à ce fruit le nom de Cocos des Maldives.
Avant qu’on eut connu la plante qui produit cetle noix, on avait supposé que c’était le fruit d’un végé¬ tal marin qui se détachait lors de la maturité et qui
surnageait ensuite au-dessus des flots. Ce ne fut qu’en 1739 que ce beauPalmier fut découvert ; son tronc ou stipe atteint une hauteur de 33 mètres sur 40 à 90 centimètres de diamètre ; il est marqué par inter¬ valles de cicatrices annulaires provenant de la chute des feuilles. Les -pétioles atteignent plusieurs mètres de longueur et sont terminés par une limbe en forme d’éventail d’une longueur de 3 à 6 mètres sur 3 à 4 mètres de largeur, à contour général ovale rhomboïdal et portant jusqu’à cent folioles. Le bois du stipe est très dur, mais se fend très facilement, on l’emploie avec avantage pour faire des conduites d’eau, des haies de clôture, des palissades et des charpentes de pressoirs parce que sa durée ‘est très longue; les jeunes feuilles sont enveloppées d’un revêtement laineux ou plumeux d'un brun clair qu’on ufilise pour remplir les oreillers, les coussins et les matelas. Les indigènes :se servent des grandes feuilles pour faire des chapeaux ou couvrir leurs huttes ; avec les nervures, on confectionne des 'balais. Les spathes sont énormes. Le fruit pptune grosse drupe nommée ordinairement, Coco de mer, des Sé- [ chelles bu Cul de Négresse. Sous son mésocarpe fibreux se trouve plus ou moins rarement deux ou trois noyaux bilobés, didymes, renfermant une graine à embryon basilaire, accompagnée d’un albumen charnu. Les fruits sont les Xuces indices des anciens voyageurs ; ils ont été longtemps si rares et réputés si précieux qu’on les a vendus jusqu’à 10,000 francs. Ce fruit est comestible, il contient un liquide aussi agréable à boire que le lait de coco ordinaii’e, mais [il se rancit en quelques jours, il met sept à huit ans à mûrir; à 3 ou 4 ans, il a déjà atteint toute sa grosseur, mais il est encore si mou qu’on le coupe aisément au couteau et qu’on le mange dans cet état; on dit que l’albumen de la graine est très vénéneuse. La coque de la noix sert à faire des vases, des plats, et autres objets d’économie domestique long¬ temps connus sous le nom de vaiselle de l’île de Praslin ; les fragments de cette noix forment un excellent com¬ bustible.
Le fruit du Lodoicea Sechellarum a été l’objet d’une légende assez curieuse dont voici quelques mots ; au¬ trefois les grands seigneurs de l’Inde achetaient ce pro¬ duit végétal à un prix très élevé ; ils en faisaient des coupes qu’ils enrichissaient d’or et d’argent et dans les¬ quelles ils buvaient persuadés que le poison qu’ils crai¬ gnaient ne pourraient leur nuire quand il a été versé et purifié dans ces vases salutaires. Le souverain des Mal¬ dives mettait à profit cette erreur générale ; à l'exemple de ses prédécesseurs, il se réservait la propriété exclusive de ce fruit qu’il vendait excessivement cher, il en envoyait aux souverains d’Asie comme le don le plus précieux qu’il pût leur faire. Les habitants des Maldives nomment ce fruit Travacarné, c’est-à-dire trésor, dans leur langue.
Ce Palmier habite une région très restreinte de la mer des Indes et l’on dit même qu’aux Maldives l’espèce disparaîtrait complètement (mais l’administration plus prévoyante que les habitants de l’ile prit sous sa sauve¬ garde ce Palmier en déclarant ce ravin, domaine de l’État) parce que les indigènes ont abattu une grande quantité de ces végétaux pour exploiter les fibres avec lesquelles ils font de très jolis travaux de vannerie et de sparterie qu’ils vendent ensuite aux Européens.
Ce fut Honnerat qui introduisit cette Borassinée à 1 île Maurice; il serait intéressant de la répandre dans
LE NATURALISTE
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d'autres régions chaudes du globe.
Ce Palmier porte divers noms indigè¬ nes qui sont : Dyria- Kanaril, Kalappa- lawt, ,Ubodie, nari Kaylum, Kadil ta- gingai, Sumatsapoo tainkaya; ses syno¬ nymes scientifiques sont : Borassus
Sonneratii Guieke ; Calappa Laut Rumph.; Coccus Maldavia Gorc.; Coccus Maldivicus Rumpb.; Cocos Mal- divica Gmel. ; Lodoi e-ea Callypyge Comm.; Lodoicea Maldi vica Pers. ; les noms français sont, Lodoicée des Séc.helles, Cocotier de l’ile de Praslin, des Maldives, des Séchelles, Cocos de mer. Cultivée en pleine terre dans une grande serre chaude, cette ma¬ gnifique Borassinée y développerait une luxuriante végéta¬ tion.
De tous les fruits de Palmiers connus jusqu’à jour, c’est le Lodoicea qui donne le plus volumineux et les Geonama produisent les plus petits ; ces derniers sont dans certaines espèces un peu plus gros qu’une tête d’épingle.
Henri Jouet.
CHRONIQUE
Concours de décortication de la Ramie. — Dans sa séance du 27 novembre, la Société [des agriculteurs de France a décidé qu’un objet d’art, des médailles d’or et d’argent seront mises à la disposition du jury pour récompenser un procédé do décortication mécanique ou chimique de la ramie en vert ou en sec, donnant des résultats pratiques et économiques. Les inscriptions seront reçues jusqu’au 1er juin 1891, au siège de la Société des agriculteurs de France, 21, avenue de l’Opéra. Le concours aura lieu au commencement d’octobre 1891 dans la
^ECHELLES (Lodoicea Secbclbi
Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie de Poitiers.
- I n concours s’ouvrira, le 15 juin 1891, devant la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Bordeaux, pour l’emploi de suppléant des chaires d’anatomie et de physiologie à l’Ecole préparatoire de médecine et de pharmacio do Poitiers.
Missions scientifiques. — M. Reummli, dorivur en méde¬ cine, est charge d’une mission aux Indes anglaises en vue d’y eticcluer des recherches d’anthropologie et d’ethnographie. — M. le docteur A. Trumet de Fontarce, membre de la société d’ Anthropologie, est chargé d’une mission en Tunisie, en vue de recherches anthropologiques.
plaincyle Gennevillicrs. Les moteurs et leur installation seront à la charge des concurrents. La Société des agriculteurs leur fournira l’approvisionnement des matières destinées aux expé¬ riences et le charbon nécessaire à la production de la force motrice.
Legs Mathieu Bonrceret il l’Académie do Médecine. — Le
Secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine est autorisée à accepter, au nom de cette Académie, aux clauses et condi¬ tions imposées, le legs que lui a fait le sieur Mathieu Bourccrot par un testament en date du 10 décembre 1885. I.e produit de cette libéralité sera placé en rentes 3 p. 0/0 sur l’État français, avec mention sur l’inscription de la destination des arrérages à la fondation d’un prix annuel, dtiprix Mathieu Bour-
LE NATURALISTE
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ceret, qui sera décerné à l’auteur du meilleur ouvrage sur la circulation du sang.
Les primevères de Chine. — Les primevères de Chine, qui, par la sélection, ont produit de si beaux grains, ne sont entrés dans nos cultures que depuis un nombre assez restreint d’an¬ nées. C’est en 1821 seulement que le type à fleurs simples fleurit dans les jardins de Thomas Palmer, en Angleterre. Les fleurs doubles ne se sont montrées que plus tard, et c’est depuis quelques années que le Primvla sinensis a été rencontré à l’état nature par l’abbé Delaway, l’explorateur distingué qui nous a révélé les trésors de la flore de Yunnam.
LIVRES NOUVEAUX
— Notre collaborateur, M. Henri Gadcau de Kervillc, a récem¬ ment publié le fasc. 11 de sa Faune de la Nornandie (1), volume de 293 pages qui contient les Oiseaux appartenant aux ordres des Carnivores, Omnivores, Insectivores et Granivores, corres¬ pondant à ceux des Rapaces, Passereaux et Grimpeurs de la classification de Cuvier. Ce volume, où l’auteur s’est efforcé d’étre le plus rigoureusement exact, comme il le fait pour tous scs travaux, n’est que le second vingtième environ de l’impor¬ tant ouvrage sur la zoologie normande qu’il a entrepris et qui se composera de quatre à cinq mille pages.
— Les Sens et l'instinct chez les animaux et principalement chez les
insectes, avec 136 figures. — Tel est le titre du nouveau livre que vient de publier le grand naturaliste anglais Sir John Lub- bock, qui est membre du Parlement britannique en mémo temps que de la Société royale "de Londres, et, de plus, l’un des grands banquiers de la Cité. Ce livre, publié dans la Bi¬ bliothèque scientifique internationale dirigée par M. Em. Alglavc, est le complément naturel du bel ouvrage de Sir John Lub- bock sur les Fourmis , les Abeilles et les Guêpes, publié dans la même collection. — L’auteur étudie successivement les cinq sens chez les animaux et les instincts dont le développement se rattache à ces sens. La principale originalité de ce livre ce sont les nombreuses expériences imaginées par Sir John Lub- bock avec une ingéniosité et une patience sans égale, pour mettre en lumière l’intelligence et les instincts moraux ou so¬ ciaux des bêtes de tout ordre. C’est ce qui rend la lecture de ce livre aussi attachante pour les gens du monde que pour les savants. (1 vol. in-8° avec 136 gravures dans le texte. Cartonné à l’anglaise. Prix 6 francs. Librairie Félix Alcan et aux bureaux du journal.) _
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G. Malloizel.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
PARIS. —
UE CASSETTE,
l.T ANNÉE
2e Série — IV° S >«
13 JANVIER 1891
LA NAPPE D’EAU DE LA CRAIE
AUX ENVIRONS DE LAON
La ville de Laon et ses environs sont assez bien par¬ tagés au point de vue des nappes d’eau. D’Archiac, dans sa description géologique de l’Aisne (1), signalait dans ce département onze niveaux d'eau qu’il avait numérotés en commençant par le haut. Les cinq premiers, rencon¬ trés dans les couches supérieures au calcaire grossier, n’intéressent pas les environs immédiats de Laon; c’est en effet à la basé du calcaire nummulitique que l’on voit, au sommet de la colline, la sixième nappe. La septième et la huitième, retenues par les couches imperméables de l’argile plastique et de la glau¬ conie infé¬ rieure, exis¬ tent vers le milieu et à la base du coteau.
, Ces diver¬ ses nappes ont un fai¬ ble débit, et n’alimen - tent que quelques sources et puits très peu-impor¬ tants. La ville de Laon, cons¬ truite au sommet et sur les
I avec xi i:
lianes d un
témoin tertiaire isolé par érosion, n’a eu pendant longtemps que ces eaux pour tous les usages domes¬ tiques. On voit immédiatement les déplorables condi¬ tions hygiéniques d’une pareille situation. La nappe supérieure, existant à quelques mètres seulement du sommet de la colline, est alimentée par les eaux pluviales qui n’y arrivent qu’après avoir filtré dans le sol des ha¬ bitations où elles peuvent facilement dissoudre une forte proportion de matières organiques. Les happes infé¬ rieures ne reçoivent que le trop-plein des sources supé¬ rieures ainsi qu’une partie des eaux résiduaires de la ville.
La neuvième nappe de d’Archiac est celle de la craie ; son étude est particulièrement intéressante, non seule¬ ment pour sa grande importance industrielle, mais aussi à cause de certaines particularités qu’elle présente au point de vue de l’origine et de la composition chimique de l’eau.
Quand on examine la carte géologique de cette région (feuilles de Laon et de Rethel au g-g—g) on est frappé de la régularité relative des affleurements tertiaires qui sont limités par une ligne moyenne N.-E., S.-O., sensible¬ ment parallèle au tracé du chemin de fer de La Fère à Reims par Laon.
(1) Paris, 1843.
LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.
Craie à Belemnitclla i avec lits de silex.
Cette limite est nettement visible sur le terrain, et l’as¬ cension de la montagne de Laon si intéressante et si recommandable pour l’étude des étages éocènes infé¬ rieurs, doit être faite pour examiner le contraste qui existe entre le côté tertiaire et le côté crétacé. Au sud de la ville, l’horizon est un peu limité, mais les nom¬ breuses collines boisées et verdoyantes qui se projettent les unes sur les autres, avec leurs pentes d’érosion assez rapides constituent un des plus beaux panoramas du nord de la France. Au nord et au nord-est, au contraire, le paysage est tout autre ; il n’y a plus de coteaux à proximité. Une large plaine crétacée qui commence dès la base de la ville, s’étend au loin à plus de vingt kilo¬ mètres, jusqu’à une ligne continue de hauteurs allant de Marie à H e t h e 1 . Seuls, quel- ques oui- tiers tertiai¬ res comme la b utte d’Aulnois et le mont Fendu é- mergent à faible dis tance.
Le con¬ tact dés cou¬ ches ter¬ tiaires et de la craie est visible à Vaux dans une ma la¬ nière près de la gare. La figure ci- jointe mon¬ tre cette
coupe. Le limon superficiel est roux, argilo-sableux, un peu calcaire à la base et repose sur un lit ondulé d’argile grise ; celui-ci, replié sur lui-même, emprisonne quelquefois des fragments calcaires qui grâce à la pro¬ tection de cette enveloppe imperméable ont échappé à la dissolution des eaux météoriques. On voit ensuite la base de la glauconie inférieure constituée ici par un sable argileux très glauconieux contenant quelques pe¬ tits nodules de phosphate de chaux; puis vient enfin un lit d’argile verdâtre qui repose directement sur la craie.
Le sable et l’argile renferment des lits de petits silex ovoïdes à patine verte ou noire; la cassure est générale¬ ment brune.
La craie de Laon appartient à l’étage de la craie à Belemnitella quadrata, elle est blanche, sonore, assez fendillée vers le sommet et ne contient pas de silex. Les fossiles y sont très rares, on peut cependant trouver quelques dents, mais la beiemnitelle caractéristique est presque inconnue à Vaux.
Cet étage, dont l’épaisseur est à Laon d’environ 20 mètres, repose sur la craie blanche à Micraster coran- guinum, qui affleure à quelques kilomètres de la ville dans toute la plaine, où elle est recouverte soit par le
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LE NATURALISTE
limon des plateaux argilo-calcaire, très recherché pour la culture de la betterave; soit par les alluvions an¬ ciennes, calcaires et un peu sableuses, qui constituent le sol de la petite forêt de Samoussy et de quelques bouquets d’arbres dispersés ; soit enfin par les alluvions tourbeuses exploitées à Ardon et à Chivres.
La craie blanche inférieure à Micraster breviporm et la craie marneuse à Terebratulina gracilis ne sont visibles qu’à 25 ou 30 kilomètres vers l’est.
Les divers étages de la craie blanche sont plus ou moins fendillés et forment un ensemble perméable faci¬ lement traversé par les eaux qui imbibent toute la masse jusqu’aux premières assises de la craie marneuse; celles-ci sont absolument imperméables et servent ainsi de support à une puissante nappe d’eau. Cette nappe était depuis longtemps utilisée pour les petites consomma¬ tions ménagères, mais c’est seulement depuis une ving¬ taine d’années que l’industrie a commencé à l’exploiter d’une façon importante.
Les usines qui se sont groupées dans les faubourgs au pied de la ville ont en effet besoin d’une grande quantité d’eau ; tel est le cas de nombreuses sucreries qui traitent sur place les betteraves dont la culture est particulière¬ ment florissante dans le limon argilo-calcaire dont il a été question plus haut.
Un très ancien forage avait cependant été entrepris et creusé jusqu’à 304 mètres à la Neuville-sous-Laon, dans le but d’utiliser non seulement cette nappe, mais aussi celles qui existent dans les couches sableuses du crétacé inférieur. A cette époque, on voulait surtout avoir de l’eau jaillissante; ce résultat n’ayant pas été atteint, on a abandonné complètement l’entreprise. Aujourd’hui, on va facilement chercher l’eau à de grandes 'profon¬ deurs, le niveau mort d’une nappe n’a plus qu’une impor¬ tance secondaire, on s’attache surtout à avoir en abon¬ dance une; eau de qualité convenable. Dans la région qui nous occupe, les puits ont d’ailleurs rarement plus de 1 5 à 20 mètres de profondeur.
Le niveau de la nappe de la craie est naturellement variable suivant les saisons, mais en moyenne son alti¬ tude est de 70 mètres. Le sol est à Vaux, près de la gare, à la cote 85 mètres.
La plaine du nord-est est à une altitude moyenne de 72 mètres. La partie supérieure de la nappe est donc très près du sol ; elle affleure même en certains points et forme, outre les sources de plusieurs petites rivières, de vastes marais tourbeux dont les principaux sont situés entre Sissonne, Liesse et Vesles.
La ville de Laon s’alimente depuis quelques années aux sources de ce niveau vers le faubourg d’Ardon.
Les rivières de la région provenant de cette nappe sont : La Souche qui vient de Sissonne, traverse les ma¬ rais et rejoint la Serre en amont de Crécy ; le ruisseau des Barentons qui sort des marais d’Athies et rejoint la Souche un peu avant la Serre; enfin l’Ardon qui com¬ mence au pied même de la butte de Laon, se dirige vers le sud et va rejoindre la Lette vers Anizy-le-Chàteau.
Ces cours d’eau et principalement la Souche, sont, sur une grande partie de leur cours, de simples affleure¬ ments de la nappe générale, mais ils reçoivent en outre le trop-plein des nappes tertiaires des coteaux dont les eaux charrient des éléments argileux qui rendent le lit partiellement imperméable. Les eaux souterraines sont donc ainsi séparées des eâux superficielles. Cela explique la différence que l’on trouve fréquemment entre la com¬
position chimique des eaux de rivières et celles des puits voisins.
En effet, les eaux météoriques qui pénètrent directe¬ ment dans la craie ne dissolvent que du carbonate de chaux, tandis que celles qui n’arrivent à la nappe qu’a- près avoir traversé les divers étages tertiaires inférieurs riches en lignites apportent avec elles une notable propor¬ tion de sulfates. Il est facile de voir par l’analyse que ce mélange est surtout appréciable dans le voisinage des affleurements tertiaires et ne s’étend pas très loin, grâce au courant assez rapide de la nappe souterraine, i Une autre cause de variation dans la composition chimique de l’eau de la craie de l’Aisne vient de l’autre côté de la plaine, c’est à-dire de l’est, où la craie est fré¬ quemment dolomitisée; les eaux pluviales dissolvent, avec une grande quantité de carbonate de chaux, un peu de carbonate de magnésie.
Ces variations dans la composition chimique des eaux ont souvent dans l’industrie une grande importance. Lorsqu'il est nécessaire d’avoir des eaux douces , on élimine aisément les carbonates, mais les sulfates ne peuvent être combattus que par des procédés coûteux. Il y a donc des cas où il est indispensable d’éloigner plus ou moins une prise d’eau du lieu d’utilisation pour échapper à l’influence mauvaise des eaux tertiaires.
J’ai eu précisément à examiner dans ce but les eaux d’un grand nombre de puits des environs de Laon. Je me contenterai de citer quelques exemples parmi les plus caractéristiques.
A la gare, un puits d’une vingtaine de mètres de pro¬ fondeur qui traverse toute l’épaisseur de la craie à belemnitella quadrata donne une eau contenant par litre : 0Br 300 de carbonate de chaux et 0er 160 de sulfate de chaux. Il suffit de s’éloigner d’un kilomètre à l’est, vers la limite des affleurements tertiaires pour que l’eau d’un puits de 3 mètres de profondeur ne contienne plus par litre que 0'°r075 de sulfate de chaux, la teneur en carbo¬ nate de chaux restant sensiblement la même; mais ici, on a en outre 0gt 068 de carbonate de magnésie.
Comme exemple d’eau de rivière n’ayant pas la même composition que celle des puits voisins, je citerai le ruisseau des Barentons qui contient des sulfates d’origine tertiaire à une assez grande distance de la limite de ces terrains. L’eau prise près de Chambry contient par litre : 0sr240 de carbonate de chaux et 0?r 110 de sulfate de chaux. L’eau du puits d’une sucrerie voisine contient à peu près la même quantité de carbonate de chaux ; 0gr290 par litre, mais il n’y a plus ici que 0sr033 de sul¬ fate de chaux.
Il serait facile de donner un plus grand nombre d’ana¬ lyses, mais j’ai seulement voulu, en citant ces quelques exemples caractéristiques, montrer l’importance qu’il y a à se rendre compte de l’origine géologique des nappes d’eau.
Je n’ai examiné, dans cette note, que le côté industriel du problème, mais dans les cas de recherches d’eaux potables, cette question d’origine est capitale. L’étude géologique peut, dans le plus grand nombre de cas, faire soupçonner les dangers d’une épidémie bien avant 1 analyse chimique ou bactériologique.
Henri Boursault.
LE NATURALISTE
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UNE TORTUE BICÉPHALE
On ne saurait affirmer que les monstruosités soient peu communes dans la classe des reptiles. Car, si nous n’en connaissons qu’un nombre relativement restreint, cela peut tenir à ce que ces animaux n'ont pas été l’objet d’observations assez suivies dans les milieux qu’ils habi¬ tent, et d’autre part à la brièveté de leur existence, qui ne s’étend guère, pour la plupart d’entre eux, au delà de la période embryonnaire.
Le Naturaliste, dans son numéro du 1er juillet (p. 138), mentionne une jeune vipère à deux tètes, rencontrée dans le parc de Windsor. Un médecin de régiment qui en lit l’acquisition nous dit, sans autres détails, que les ser¬ pents bicéphales ne sont pas rares, mais qu’ils ne vivent pas longtemps. La vipère dont il s’agit n’aurait vécu, selon lui, que quelques semaines. Pour notre part nous n’avons rencontré, dans le cours de nos recherches erpé- tologiques en Amérique qu’une seule couleuvre à deux têtes, portées sur un col relativement 'court, pareille¬ ment très jeune. Elle appartenait au genre Ophibolus, dont les espèces sont très communes aux Etats-Unis.
Nous recevons de l’un de nos amis d’outre-mer l’es¬ quisse d’une tortue fluviatile, dont le hasard le mit en possession et présentant le même phénomène. Elle appartient à l’espèce que la plupart des auteurs ont mentionnée sous le nom de Emys picta, dont John
Une Tortue bicéphale.
Edward Gray a fait un sous-genre appelé Chrysemys et que Agassir a érigé en genre. C’est ainsi que ce dernier auteur en parle sous le nom de Chrysemys picta. Elle est très commune dans les eaux douces des États du nord et du centre des États-Unis. On la rencontre jusqu’à la frontière septentrionale de la Caroline du Sud, d’où elle s’étend vers la région Nord-Ouest de la Géorgie. Du côté du nord, on la retrouve jusqu’au Nouveau-Brunswick de la domination anglaise.
A l’état normal, la carapace de Chrysemys picta adulte est régulièrement elliptique, notablement plus longue que large. Chez le sujet tératologique dont nous repro¬ duisons l’esquisse, grandeur nature, la largeur l’emporte de quelques millimètres sur la longueur, comme s’il s’agissait en cette circonstance de loger plus commodé¬ ment deux individus juxtaposés.
Nous ne connaissons pas le plastron, que notre ami n’a pas figuré; ce qui donnerait à penser qu’il n’offrait rien de bien particulier. Les écailles du pourtour de la carapace sont assez régulières ; celles des rangées laté¬ rales sont plus grandes et moins nombreuses à droite
qu’à gauche ; tandis que celles de la rangée médiane, ou dorsale, présentent quelques irrégularités : c’est une sorte d’enchevêtrement qui semble indiquer un état analogue dans les colonnes vertébrales des deux fœtus.
Les deux têtes paraissent bien conformées, mais l’on dirait que l’œil droit du fœtus de gauche est moins par¬ fait que celui du côté droit. Il n’y a que quatre membres et une seule queue, visibles à l’extérieur, toutes d’ap¬ parence normale. Les membres du côté gauche appar¬ tiennent à l’un des fœtus, et ceux du côté droit à l’autre; les quatre membres manquant, deux droits et deux gau¬ ches sont sans doute à l’état atrophique à l’intérieur.
Le sujet n’ayant pas été conservé, l’autopsie n’en a pas été faite. Il eût été intéressant d’en faire la dissec¬ tion. Nous ignorons si chaque tête avait une bouche bien conformée et si l’animal prenait sa nourriture par l’une des bouches ou par les deux à la fois. C’est ce que ne dit pas notre correspondant, lequel, ne s’occupant pas de sciences, n’a pas compris l’importance de toutes ces questions. Il n’a pas dû vivre longtemps, sa taille ne dépassant que de quatre millimètres celle d’un embryon au moment de l’éclosion.
Dr C. Girard
( De Washington ) .
LE TÉMOIGNAGE DE SEP
(Observations sur des chenilles .)
J’ai déjà fait allusion plusieurs fois, dans mes differents petits travaux sur les chenilles, à une Note sur les pattes mem¬ braneuses des chenilles parue dans les Annales de la Société entomologique de France en 1808.
J’ai tout lieu de croire que son auteur ne peut me savoir aucun mauvais gré de cette insistance, puisque d’après les appels fréquents faits à scs lecteurs, notamment: Soc. Ent. Fr., 1872, p. Lvi ; 1881, p. 141 et 1817, p. 387, il les invite à étudier de près cette Note et à se bien pénétrer de son importance. Je suis donc persuadé d’avoir répondu à son intention, sinon à son
En deux mots, voici ce dont il s'agit :
Dans le courant de l’année 1865, un lépidoptériste parisien, élevant une ponte de Noctuelles, observa qu’au sortir de l'œuf les petites chenilles marchaient en arpentant delà même façon que les géomètres; mais ces chenilles avaient douze pattes et plus tard en eurent seize, c’ctaient des Xylomyges conspicillaris. En 1868, même remarque fut faite sur des chenilles do Mamestra brassions : elles avaient douze pattes au sortir de l’œuf et en eurent seize dans la suite.
C’est alors que, dans une note spéciale, ce lépidoptériste fit part de sa découverte à la Société entomologique de France. A ses yeux, le « fait nouveau » avait une importance capitale, sa découverte devait intéresser les « physiologistes et ouvrir une nouvelle route d’observation ».
J’avoue que, dés que j’ai eu connaissance de ce « fait nou¬ veau », je suis resté quelque peu indifférent, quelque peu incré¬ dule ; non que j’aie mis un seul instant en doute la véracité du fait, mais je ne pouvais me persuader que sa constatation n’ait pas été faite beaucoup plus tôt.
Si les éducations de chenilles faites ab ovo avaient pris nais¬ sance dans certain quartier de Paris et avaient été poursuivies pour la première fois en 1865, nul doute que l’observation pré¬ citée n’eût encore tout le mérite d’une découverte, tout l’at¬ trait d’une nouveauté ; mais personne n’ignore que ces sortes d’éducation datent de loin et que nombre d’entomologistes les ont pratiquées afin d’obtenir par ce moyen soit des sujets de toute fraîcheur, soit même des variétés fort recherchées. Il est certain que les anciens lépidoptéristes, dont l’esprit d’obser¬ vation nous est attesté par les travaux qu’ils nous ont laissés, ont dû avoir connaissance de ce fait. 11 est certain que l’un d’eux, voulant clever des œufs de Noctuelle et en voyant sortir des chenilles arpcnleuses, ne laissa pas d’en être très étonné ; son premier soin fut de prendre un verre grossissant, d’exa-
20
LE NATURALISTE
miner ces petites chenilles et do noter aussitôt les anomalies qu’elles semblaient présenter.
Telles étaient les réflexions qui m’étaient venues à l’esprit tout en faisant la part de l’exagération, fort excusable d’ailleurs, quand on croit avoir le premier observé et relaté ce qui jus¬ qu’alors avait passé inaperçu.
Mais était-ce bien le lieu d’accorder tant d’importance à des pattes membraneuses que Ton voit à peine ? Fallait-il donner d’aussi vastes proportions à cette observation faite sur deux espèces de chenilles ? Convenait-il de convier les physiologistes et les observateurs à une nouvelle méthode d’investigation? Pour un peu, l’auteur, pénétré de son rôle d’initiateur, eût entonné le Novus rerum renasçitur ordo..., si c’eut été dans ses moyens. Et quand, plus lard, un arbitre fut choisi pour pro¬ noncer entre des contestations par trop vives et des contradic¬ tions bien amères suscitées par cette question, croit-on que le sujet méritât et cet excès d’honneur et Gette indignité?
Mais cette voie, si tant est qu’il en fallût une nouvelle, était ouverte depuis longtemps.
J’ai déjà dit, je crois, l’effet que produisaient sur moi les anciens ouvrages d’histoire naturelle ou do lépidoptérologie : Une série d’in-octavo à consulter m’inquiète, des in-quarto m’épouvantent, des in-folio me font fuir. Aussi je ne m’explique pas comment j'ai pu me résoudre à parcourir les sept volumes in-quarto que Sopp nous a légués. C’est un mystère pour moi. Cela ne veut pas dire que je ne reconnaisse aucun mérite à cet ouvrage, bien loin de là. Je suis prêt à me ranger à l’avis de ceux qui le connaissent et à voir en lui, surtout dans ses deux premiers volumes, un véritable chef-d’œuvre d’exécution et d’exactitude. Toutefois, chez Sepp, c’est moins le dessinateur habile qui m’intéresse, que l'observateur minutieux, l’entomo¬ logiste consciencieux qui me plaît. L’insecte parfait dans toute sa splendeur, dans sa rayonnante beauté, n’a pas eu seul le don de tenter le pinceau de notre auteur, d’entrer en lutte pour ainsi dire, de rivaliser par l’éclat, le brillant de son coloris, avec la variété et la richesse d’une admirable palette. Non, d’autres objets moins voyants, moins glorieux, ont été jugés dignes d’occuper son attention et Sepp n’a pas cru au-dessous de son talent de reproduire avec la même exactitude, avec le même fini, les chenilles (chose horrible pour le vulgaire), les chrysalides, jusqu’aux œufs qu’il place à côté des papillons dont il fait connaître ainsi les premiers états. Je sais bien que scs derniers volumes, où Ton reconnaît facilement la hâte, la précipitation avec lesquelles ils ont été faits, laissent parfois à désirer, mais je parle des deux premiers, où l’artiste habile comme l’entomologiste scrupuleux se révèlent à nos yeux émer¬ veillés.
Mais, pour en revenir spécialement à la question qui nous occupe, j’ai été charmé de trouver dans cet ouvrage d’utiles indications qui avaient nécessairement dû échapper à d’autres entomologistes.
Sepp, s’appliquant à reproduire les différents états des lépi¬ doptères, ayant fait, autant qu’il lui a été possible, l’éducation complète de beaucoup d’espèces de lépidoptères, ayant exa¬ miné avec soin les diverses particularités qui s’offraient à lui, et ayant consigné dans des notes ses observations nombreuses, ayant notamment étudié les petites chenilles au sortir de l’œuf qu’il a même figurées à cet âge, était particulièrement à même de nous prouver si, comme je le disais plus haut, l’anomalie sup¬ posée que nous présentent des chenilles de noctuelles, n’ayant que douze pattes au sortir de l’œuf, alors qu’adultes elles peu¬ vent en avoir jusqu’à seize, avait été réellement connue des anciens entomologistes et si surtout elle avait été constatée et mentionnée par eux.
Eh bien, cette découverte, qui nous était annoncée en 1868, était connue et divulguée depuis fort longtemps déjà. Cette propriété de certaines noctuelles, dont on citait bien deux exemples, avait été reconnue chez d’assez nombreuses espèces. Enfin, ce Tait que Ton apportait comme nouveau aux entomolo¬ gistes était déjà vieux de 106 ans au moins.
Comparez les dates : C’est le 14 octobre 1868, que la note sur les pattes membraneuses des chenilles a été lue, et voici ce que dit Sepp, tome 1er, Nacht-Vlinders, II, 3, à propos de la Gortyna flavayo; je traduis littéralement :
« Le 18 avril 1762, les chenilles sortirent des œufs... pour marcher, elles emploient seulement douze pattes, mais on peut cependant avec une forte loupe découvrir qu’elles ont déjà seize pattes. »
Nous dirions aujourd’hui que la G. flavayo a douze pattes bien conformées et que les deux premières paires de pattes ventrales sont rudimentaires.
Je fais remarquer en outre le mot déjà ( reeds ) qui indique bien que Ton savait alors que des noctuelles ne sortent pas de l’œuf avec toutes leurs pattes, mais les acquièrent dans la suite.
Quatre planches plus loin (pl. 7), il est question de la CatO‘ cala elocata, et voici ce que je lis dans le texte :
« En mai dernier, sont écloses les chenilles... proportionnel¬ lement aux œufs, elles sont d’une longueur extraordinaire, de plus très fluettes, elles ont l’apparence de chenilles arpenteuses, de celles que Ton nomme arpenteuses en bâton (Takjes — bouts de bois), comme elles aussi, en effet, elles marchent avec douze pattes, quoique Ton sache qu’elles en acquièrent seize dans la suite. »
Pour ne pas allonger outre mesure cet article, je me borne à ces deux citations qui suffisent amplement à ma démonstra¬ tion. Je donnerai simplement le nom des espèces de noctuelles que Sepp a observées et dont il a noté cette particularité dan9 des termes presque identiques et qu’il est inutile de répéter.
A la planche 15 de cette même partie, il est question de la Gonoptera libatrix; planche 1*8, c’est la Catocala fraxini ; planche 21, la Brot . mctîculosa ; planche 24, Y Abrostola urticœ.
Voilà pour le premier volume.
Dans le deuxième volume, je trouve, à la cinquième planche la Mamestra brassicœ, une des deux noctuelles citées dans. la Note de 1868 : « Comme les chenilles arpenteuses, dit Sepp, elle marche avec douze pattes » ; plus loin, c’est la Mam. persicariœ ; c’est VAplecta nebulnsa dont un de ses amis, M. de Cocq, lui avait envoyé des œufs. Sepp est reconnaissant envers ses amis et cor¬ respondants, il ne manque jamais à ce devoir.
Dans les volumes suivants, les observations de Sepp offrent moins d’exactitude, elles sont moins détaillées, le temps lui a peut-être fait défaut pour prendre des notes aussi complètes qu’auparavant.
Citons cependant encore Cucullia umbratica et Noctu plecta.
Voilà mes lecteurs entièrement édifiés, je suppose, sur la découverte et le fait nouveau rapportés en 1868; peut-être me demanderont-ils comment il se fait qu’on ne se soit pas aperçu qu’un vieil auteur avait en termes formels relaté ce même fait et, bien plus, laissait supposer une constatation bien anté¬ rieure (1)? Je n’en sais rien au juste, mais je crois bien que toute la faute, si faute il y a, retombe sur Sepp lui-même.
— Comment! Sepp serait cause qu’on a ignoré...?
— Eh ! oui. Sepp était Hollandais, il a composé un ouvrage en langue hollandaise, c’était logique, c’était naturel. Tant pis pour ceux qui ne sont pas Hollandais.
Eh quoi! faire un travail qui s’adresse aux naturalistes de tous les pays, amasser une foule de remarques, d’observations capables d’intéresser les lépidoptèristes de quelque nation- qu’ils soient, et écrire en hollandais ! Comprend-on cela ?
Il vous revient invinciblement à la mémoire le cas de ces Persans que Montesquieu fait promener dans Paris, vêtus de leur costume national et qui font la joie et l’étonnement des Parisiens de son temps : « Comment peut-on être Persan? » se demandent-ils. « Comment peut-on écrire en hollandais? » demandons-nous. Pourquoi Sepp n’a-t-il pas employé une langue plus connue ? Que ne s’est-il servi d’un idiome courant, intelligible, à la portée do tous, par exemple, de celui en usage au faubourg Saint-. . . Martin! A la bonne heure, voilà qui se comprend, voilà qui est admissible, voilà qui est raisonnable. Mais durant sept volumes in-quarto entiers n’user que du jargon néerlandais? On n’a pas idée de ça !
Hé ! hé ! 11 n’a peut-être pas été tout à' fait inutile à Sepp de se servir de sa langue maternelle. Si Ton a pu mettre à profit les belles images, les dessins admirables de ses deux premiers volumes surtout, si Ton a pu calquer les chenilles et reproduire les œufs, il est de nombreux détails, il est de précieux rensei¬ gnements, fruits de scs observations, de scs études particulières, qui ont échappé au pillage, grâce aux hiéroglyphes indéchif¬ frables de son écriture. Ce langage verrouillé, cadenassé, a été, si Ton peut parler ainsi, la sauvegarde do sa propriété. Acces¬ sible pourtant aux chercheurs infatigables, c’est de l’hébreu ou du sanscrit, c’est lettre close pour ceux que le poète Horace a nommés d’un mot qu’il est inutile de rappeler.
(1) Il ne faudrait pas se figurer que chez nous seulement les observations de Sepp ont échappé aux lépidoptèristes. Il en a été de même ailleurs, et on en trouvera la preuve dans une curieuse question adressée par M. Stainton à V . Buckler au sujet de jeunos chenilles de Tryph. pronuba. — V. Entomologist Monthly Magazine, 1881, p. 135.
LE NATURALISTE
En somme, si dans la question qui fait le sujet de cet article, on ne s’est pas aperçu que Sepp avait devancé de beaucoup certains Observateurs, c’est qu’il était plus facile de copier ses figures que de comprendre son texte.
P. CjlP.ÉTIEN.
Brosse métallique pour le nettoyage des Fossiles
J’emploie, depuis longtemps, pour nettoyer mes fossiles des brosses métalliques que je recommande aux amateurs. Ces brosses ne suppriment pas celles en crin, ni les burins, ni les marteaux, etc., mais elles suppléent dans beaucoup de cas à tous ces instruments, les remplacent souvent avec avantage et donnent des résultats des plus satisfaisants.
Les brosses dont il s’agit sont de deux sortes : les unes en fil
d’acier employées pour brosser à sec les fossiles ; les autres en fil de cuivre pour nettoyer à l’eau.
Ces dernières laissent quelquefois un certain briilant métal¬ lique sur le test des fossiles quand il est rugueux, mais il suffit de frotter ensuite avec une brosse en crin pour faire disparaître | les traces du cuivre.
11 faut avoir soin de ne pas brosser continuellement dans le même sens, mais au contraire en tous sens. De la sorte on ne risque pas d'entamer ou de rayer le test des fossiles.
L’emploi de ces brosses fera reconnaître tous leurs avan¬ tages et en apprendra bien plus qu’une longue notice.
Que ceux qui veulent avoir des fossiles proprement et promp¬ tement nettoyés essaient des brosses métalliques et ils n’au¬ ront qu’à s’en féliciter.
Un amateur de géologie.
Kf. B. Ces brosses métalliques pour le nettoyage dos fossiles •sont construites, d'après les documents du signataire de cette note, par la maison Emile Dcyrolle, 46, rue du Bac, Paris. Le prix très peu élevé de ces petits instruments (0 fr. 50 pièce) •concourra certainement à répandre parmi les amateurs ces appareils qu’on pourrait presque qualifier d’indispensables,
Suites à la Flore de France
JDE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
BORRÀGÏNÉES Juss.
Echinospernum defiexum Lehmann Planta familia 4 sperifoliarum nuciferæ, p. 120; Stunn Deutschl. fl ., XI, t. 43; Hornem. FL IJan., t. 1568; Koch Synopsis tl. Germ. etHelv., éd. 2, p. 571; A. DG. in DC. Prodr.,X, p. 135; Rei- chenb. Icon.fl. Germ., XVIII, t, 1329; Ces. Pass. e Gib. Comp.Jl. Ital., p. 382 ; Cariot et Saint-Lager Etude desjl., éd. 8, p. 606. — Plante bisannuelle, de 2-6 décim., poilue, à racine grêle, pivotante. Tige rameuse vers le milieu oa souvent dès le tiers inférieur; f rameaux paniculés, jlexueux , étalés-as- cendants. Feuilles velues, à la fin un peu rudes et
couvertes de petits tubercules blancs, oblongues, uninervées, les inférieures longuement atténuées en pétiole. Fleurs bleues, solitaires, disposées en grappes lâches alternes ou géminées ; pêdicelles grêles , ré¬ fléchis, 1-2 fois plus longs que le calice velu à di¬ visions oblongues d’abord étalées puis réfractées. Corolle à limbe concave. Nucules fauves, compri¬ mées, un peu convexes extérieurement, finement pubeseentes-chagrinées sur les faces, à marge ailée- pectinée par la confluence à' aiguillons glochidiés disposés sur un seul rang. — Juin-août.
Hab. — Hautes-Alpes : Combe noire de Men- teyer,au mont Seiize près Gap (herb. R., Rever- chon). — Savoie : Lans-le-Bourg dans les bois de sapins de Fontagnou ; Bessans (Saint-Lager) ; Bon- neval entre 1800 et 2000 m. dé ait. (A. Chaberi) (1). j — Plante à chercher dans les Pyrénées, notamment I dans les Pyrénées orientales et P Ariège.
Aire géographique. — Norvège (et Laponie) ; Suède septentrionale et méridionale', Allemagne:
| Silésie, Wetsphalie (et çà et là mais probablement introduit) ; Suisse : Berne, Glaris. Grisons, Va¬ lais ; Autriche : Bohême, Basse- Autriche, Tyrol, Styrie, Hongrie, Transylvanie-, Italie; Lombardie, Apennins de Modène ; Espagne : Catalogne (2); Russie : Finlande boréale et méridionale, Volhynie', Sibérie altaïque.
Se sépare de VE. Lappula par sa tige rameuse vers le milieu, les pédoncules longs, réfléchis (et non courts, dressés), les nucules comprimées, bor¬ dées, à un seul rang d’aiguillons (et non trigones. non ailées, à deux rangs d’aiguillons sur chaque angle latéral).
SGROFULARIACÉES Benih.
Linaria petræa Jordan Pugillus plantarum no- I varum prœsertim Gallicarum, p. 130; Grenier Fl.
Jurassique, p. 561 ; Gentyin Revue de botanique,
J IV, p. 202; L. alpina var. erecta Car. et Saint-La- | ger Etude des fl., éd. 8. p. 623, — Plante glabre, presque verte. Racine aùbuelle (ou bisannüéÜé ?)•' Tigê divisée dès la base en nombreux rameaux épais , allongés (1-2 décim.), simples ou rameux vers le sommet. Feuilles étroitement linéaires, vertes ou à
(t) L 'E. dedexum avait déjà été signalé en Savoie par Balbis et par Hooker.
(2) Var. Pyrenaicum Rouy = E. Pyrenaicum Villk. et Vayr. (ap Vayreda A'aeroj A]>untee para la dora Catalana, p. 77, tab. 4; herb. R., leg. Vayreda). — Les caractères signalés par MM. Will- komm et Vayreda pour différencier leur E. Pyrenaicum de E. defiexum sont les suivants : Port différent (??), pêdicelles plus longs et plus fins, aiguillons des nucules beaucoup (?) plus longs et plus grêles; feuilles radicales plus étroitement oblongues (?), les supérieures et les bractées acuminées, taille plus courte; rameaux floraux plus ouverts cl divergents. — Or, tous ces caractères sont essentiellement variables et nous pos¬ sédons des exemplaires d’E. dedexum de Bohème ( Teplitz , leg. Eggert) qui sont presque identiques à VE. Pyrenaicum, à l’ex¬ ception des aiguillons des nucules qui sont un peu plus longs et plus grêles et les rameaux un peu moins flexueux. L 'E. Pyre¬ naicum est donc, tout au plue, une variété locale de VE . defiexum.
LE NATURALISTE
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peine glaucescentes, la plupart verticillées par 3-5, souvent étalées ou rétléchies; verticilles relative¬ ment écartés. Fleurs en grappes terminales d’abord presque capitées puis devenant très lâches. Bractées linéaires-ténues, un peu plus courtes que le pédi- celle. Divisions calicinales linéaires, obtusiuscules, inégales, à peu près aussi longues que le tube de la corolle, mais plus courtes que le pédi- celle. Corolle de 2 centim. (y compris l’éperon), d'un violet foncé ; lèvre supérieure dressée, bilo- bée, à lobes étroits, allongés, presque rappro¬ chés ; lèvre inférieure à trois lobes ovales, subar¬ rondis, étalés, le moyen un peu réfléchi, deux fois plus longs que le palais à bosses acutiuscules, non épaissies, non striées, séparées par un sillon très étroit-, éperon droit ou à peine incurvé, grêle, ar¬ rondi, insensiblement atténué de la base au sommet, égalant le reste de la corolle ou un peu plus court. Capsule subglobuleuse, glabre, dépassant le calice . Graines brunâtres, suborbiculaires, marginées. — Juillet-septembre.
Hab. — Yonne : coteaux calcaires de Cry (Gen- ly). — Côte-d'Or : cirque de la Coquille d’Eta- lanteprès Aignay-le-Duc (Royer). — Doubs et J ura : éboulis sous les cimes de la chaîne du Jura (Grenier, Genty). — Ain: montagnes du Jura: Reculet [herb. R., Guinet), Colombier, etc.; montagnes du Bugey (Jordan). — Haute-Savoie : montagnes du Chablais (Saint-Lager); rochers de la cascade d' Ar- pennaz, entre Magian et Sallanches. (V. Payot).
Aire géographique. — Suisse : Jura.
Ce Linaria se sépare du L. apina, dont il n’est qu’une sous-espèce, par ses tiges ou rameaux cau- liformes ascendants, les feuilles vertes en verticilles plus écartés, plus longues ainsi que les grappes fruc¬ tifères plus lâches, la corolle d'un violet pourpre plus foncé, à lobes plus étroits et plus allongés, à bosses safranées non striées séparées par un sinus plus étroit, par l’éperon plus mince, plus atténué, non comprimé, les graines plus petites et moins lar¬ gement marginées.
L’HIBERNATION
(Mammifères)
( Suite et fin.)
Les exemples de beaucoup les plus intéressants nous sont fournis par les Rongeurs : le cas de la Marmotte est classique, et le mécanisme de l’hibernation et du réveil sont maintenant assez bien connus, grâce surtout à plu¬ sieurs travaux récents; c’est donc celui que nous pren¬ drons comme type; il est assez probable que les autres animaux non étudiés présentent des phénomènes sem¬ blables.
La Marmotte ( Arctomys marmotta), pendant toute la belle saison (cinq mois environ), se nourrit avec avi¬
dité : elle mange énorméirténl d'herlles succulentes et arrive ainsi au poids respectable d’une dizaine de kilo¬ grammes, tous ses tissus étant infiltrés de graisse. C’est à ce moment que les Savoisiens la chassent pour la manger; elle constitue pour eux un mets des plus appré¬ ciés, opinion que pour ma part je partage. complètement.
Arrivée, si je puis m’exprimer ainsi, à l’optimum d’en-
Fig, 4. — La Marmotte (Arctomys marmotta).
graissement, la Marmotte se creuse un profond terrier qu’elle tapisse avec du foin, et dont elle bouche soigneu¬ sement l’entrée avec des mottes de terre. Elle tombe alors dans un sommeil léthargique qui durera pendant près de sept mois, coupé de courts et fréquents réveils dont nous étudierons le mécanisme tout à l’heure.
On sait que pendant cette période, la température de l’animal baisse considérablement, parfois de trente de¬ grés; les mouvements du cœur sont presque impercep¬ tibles; les mouvements respiratoires ont presque entiè¬ rement disparu. D’après les résultats expérimentaux, la Marmotte endormie produit environ trente fois moins d’acide carbonique qu’à l’état de veille. En cet état, une quantité d’air extrêmement faible suffit à ses besoins, comme le prouve la célèbre expérience de Régnault : une Marmotte engourdie fut placée sous une cloche de verre de petite dimension, dont les bords furent scellés à la table par du ciment, de manière à empêcher tout renouvellement d’air; pendant plusieurs jours, l’animal resta dans le même état, se contentant de la quantité infinitésimale d’oxygène contenue dans cette atmosphère confinée. Un jour, on réveilla la Marmotte par un coup brusque frappé sur la cloclie : elle manifesta aussitôt une grande agitation; ses mouvements respiratoires se multiplièrent, et elle mourut en quelques ins.tants, as¬ phyxiée, la dose d’air ne lui suffisant plus une fois réveillée.
En effet, au moment où la Marmotte sort du sommeil hibernal, les battements du cœur s’activent et les mou¬ vements respiratoires deviennent plus fréquents; la tem¬ pérature s’élève en un court espace de temps de + 8° à -f 37°. L’animal a sensiblement maigri, la perte de poids ne dépasse cèpendant pas 200 à 300 grammes. Il se met aussitôt à la recherche de nourriture et commence à refaire ses réserves pour l’hiver prochain.
Pendant ces sept mois, le sommeil n’est pas continu ;
LE NATURALISTE
23
la Marmotte se réveille à peu près de quinze jours en quinze jours pour uriner; elle se lève, encore toute en¬ dormie,, va déposer ses excréments dans un coin de son terrier, regagne sa place et retombe aussitôt dans le sommeil le plus profond. Ces courts réveils ont unique¬ ment pour but l’émission de l’urine (Sace) ; divers auteurs, et tout dernièrement M. Raphaël Dubois,, ont constaté que les Marmottes restaient parfaitement indifférentes aux changements de pression de température (pourvu que celle-ci reste suffisamment basse), aussi bien qu'aux perturbations magnétiques. C’est l’excitation produite parla réplétion de la vessie, qui provoque par voie réflexe des mouvements respiratoires plus nombreux, et finale¬ ment réveille l’animal, qui retombe dans son état de torpeur, aussitôt après avoir évacué son urine, renfer¬ mant probablement des ptomaïnes convulsivantes, telles que M. Bouchard en a décrites ; le réflexe vésical, ainsi qu’il arrive souvent chez l’homme, joue donc pour la Marmotte le rôle dé réveille-matin, suivant l'expression pittoresque de M. U. Dubois. Le savant physiologiste a eu l’idée de supprimer ce réflexe : pour cela il a pratiqué sur des Marmottes réveillées une fistule vésicale, de façon à ce que l'urine s’écoulant continuellement au dehors, ne puisse plus s’accumuler dans la vessie; il les a gardées jusqu’à guérison complète de l’opération, puis il les a laissée® s’engourdir du sommeil hibernal. L’ab¬ sence d’excitant réflexe faisant défaut, ces Marmottes ne se sont pas réveillées, et ont passé sans transition brusque du sommeil à la mort.
Le Loir vulgaire (Myoxus'glis) présente des phéno¬ mènes analogues à ceux de la Marmotte ; il dort d’un sommeil extrêmement profond (« dormir comme un Loir » dit le proverbe), qui ne dure pas moins de sept mois, roulé en boule dans le creux des arbres. Tous les mois ou tous les deux mois, il se réveille pour uriner.
Le Rat d’eau ( Arvicola amphibius) s’engourdit dans son terrier pendant toute la saison froide, ainsi qu’un grand nombre de Muridse.
Les Ecureuils de nos bois, pendant tout l’été, amas¬ sent des provisions de glands, de noisettes, de faînes qu’ils cachent dans des creux d’arbres, et qui constituent des réserves pour l’époque où se fera sentir la disette. Pendant l’hiver, ils restent engourdis dans quelque trou d’arbre ; à leur réveil qui est assez précoce, ils savent fort bien retrouver leurs cachettes, même lorsqu’elles sont recouvertes par la neige. Les Spermophiles présen¬ tent un instinct analogue.
Le Hamster commun (Cricetns frumentarius) que l’on
Fig. 5. — Le Hamster (Cricetus frumentarius). trouve depuis l’Europe centrale jusqu’en Sibérie, creuse des galeries et des chambres souterraines profondes où
il entasse pour l’hiver des quantités très considérables de grains; on a trouvé dans ces caches jusqu'à deux et quatre hectolitres de blé. Son sommeil hibernal est assez court; à son réveil il utilise les provisions qu’il a accumulées et qui lui servent probablement jusqu’à la prochaine récolte.
Les Lagomys, assez voisins de nos Lièvres, qui habi¬ tent les plateaux glacés du Nord-Ouest de l’Asie, présen¬ tent un instinct encore plus compliqué ; ils font littéra¬ lement du foin pour l’hiver. A cet effet ils coupent des herbes fraîches qu’ils étalent et font sécher; puis ils les rassemblent en petits tas qu’ils abritent le long des rochers. Pendant l’hiver le Lagomys se retire dans son terrier, mais ne s’engourdit pas; il creuse des galeries souterraines qui vont rejoindre ses différents tas de foin, dont il se nourrit pendant toute la mauvaise saison.
Les Castors amassent aussi des provisions pour Phiver; mais même lorsque leurs étangs sont gelés, ils conser¬ vent tonte leur activité.
Enfin il faut très probablement rattacher à la crainte du froid (peut-être encore plus au manque de nourri-
Fig. 6. — Le Lemming de Nerwège (Myodes lemmus). ture) les migrations si curieuses du Campagnol des prés, et surtout du Lemming de Norwège ( Myodes lemmus ) ; ces animaux se rassëmblent par troupes innombrables et parcourent souvent des centaines de lieues, suivis natu¬ rellement par une escorte de carnassiers qui font bom¬ bance à leurs dépens. Toutefois la cause de ces migra¬ tions, assez irrégulières, n’est pas complètement, élucidée.
En général les Insectivores, au moins la Taupe et les Musaraignes, ne s’endorment pas pendant les froids ; les Hérissons s’engourdissent pendant quelque temps. En tous cas les phénomènes qu’ils présentent n’ont pas la généralité de ceux que nous avons constatés pour les Rongeurs.
!.. Cuékot.
LE COTOXMER SOYEIA
Un de nos confrères américains, le identifie amcrican, publie une note intéressante sur l’Eriodendron anfrac- tuosum, ou Cotonnier soyeux, mieux connu paD les Américains sous le nom de Silk l'otton tire. Nous repro¬ duisons ci-après cette note et les figures qui l’accom¬ pagnent.
Le Sebae ou cotonnier soyeux (Eriodendron anfractuo- sum) est natif des Indes occidentales; celui que nous représentons ici est un superbe exemplaire et même un merveilleux spécimen qui se trouve à Nassau, chef-lieu
LE NATURALISTE
de l’ile de la Nouvelle-Providence. Ses branches couvrent un espace de cent soixante-dix pieds et s’étendraient encore plus loin, si on ne les rognait fréquemment à cause de leur empiètement sur une caserne de police ;
protégé des vents de la mer et des bourrasques; à cela peut être attribuée, sans doute, une partie de ces parti¬ cularités.
Aux approches du printemps, une fois par an, il pro-
Fig. 1 . — Le Cotonnier soyeux (Eriodendron an/rvctvoium) de Nassau, chef-lieu de l’ile de la Nouvelle-Providence (d'après Scientlfîc american ).
Fig. 2. — Tronc et racines du Cotonnier soyeux de Nassau (d’après Scientific american ).
les racines, tel qu’on le voit sur le dessin, s’étendent à environ 40 pieds au-dessus du sol.
Quand on considère que, eu égard au roc sur lequel pousse cet arbre, ses racines ne peuvent pénétrer dans le sol pour supporter ce colosse, nous devons admirer la prévoyance de la nature pour les immenses assises en forme de racines qui supportent la masse; un cheval serait complètement caché à la vue dans plusieurs des espaces entre les racines. Le feuillage tombe vers le printemps et repousse à nouveau avec une rapidité mer¬ veilleuse, j’ai vu cet arbre, dit l’auteur de la note, dénudé complètement le samedi soir et couvert de feuilles vertes et épaisses le lundi matin. Les immenses racines et l’extrême étendue des branches sont dues pour une bonne part à la situation de l’arbre, qui se trouve en avant de bâtiments publics importants et qui est ainsi
duit des fibres soyeuses comme le coton, mais beaucoup plus fines, qui couvrent le sol à une grande distance de l’arbre, selon que le vent les pousse ; de là le nom sous lequel l’arbre est connu populairement.
Sur la classification et les affinités des Mollusques
La classe des Lamellibranches est assurément une des plus homogènes du règne animal; l’absence de caractères bien tran¬ chés n’est pas faite pour faciliter la tâche de classificateurs ; aussi les subdivisions proposées sont-elles pour la plupart arti¬ ficielles. M. Ménégaux, dans une thèse de doctorat récemment soutenue à la Sorbonne, et ayant pour objet des « Recherches sur la circulation des Lamellibranches marins » s’est aussi préoccupé de cette 'question importante, et le résultat de scs recherches l’a amené à prendre pour point do départ la struc¬ ture de l’appareil branchial .
Lorsque l’on écarte les deux valves do la coquille d’un Lamcl-
LE NATURALISTE
libranche, on voit de chaque côté du pied deux lames parallèles qui sont les organes respiratoires ; chez quelques-uns, il n’y en a qu’une ; M. Fischer considérant chacune de ces lames comme une branchie part de là pour proposer, dans son manuel de Conchyliologie, les deux groupes des Dibranches et des Tétra- branches. Mais M. Ménégaux fait observer que d’une part les deux lames d’un même côté sont insérées sur un même sup¬ port, et d’autre part qu’il n’existe qu’un seul vaisseaii efférent dans ce support ; il en conclut que les deux lames constituent non pas deux, mais une seule branchie ; et quand il existe une seule lame d’un côté, c’est que l’autre a avorté ; les termes Mo¬ nobranches et Hémibranches seraient donc plus exacts.
Même ainsi modifiée, cette classification est loin d’être satis¬ faisante ; il n’en est pas de même de celle qui serait basée non plus sur le nombre des lames, mais sur la structure de ces lames branchiales. On sait en effet que chaque lame est com¬ posée de deux feuillets, le feuillet direct attaché au support branchial, et le feuillet réfléchi parallèle au premier dont il est la continuation, et que chaque feuillet est formé de nom¬ breux filaments parallèles dans lesquels circule le sang qui vient respirer.
Dans un premier ordre, celui des Foliobranches, comprenant les Nuculidés et les Solémyidês, M. Ménégaux place les Lamel¬ libranches dont les lames branchiales présentent seulement le feuillet direct : les filaments branchiaux sont très aplatis et constituent des sortes de feuilles qui sc regardent par leur face antérieure et postérieure.
Le deuxième ordre réunit les Lamellibranches dont les lames branchiales sont formées de filaments reliés entre eux soit par des bouquets de cils vibratils intriqués, soit par des tubérosités d’attache, de sorte que dans tous les pas leur union est lâche, et que les branchies sont facilement résolubles en filaments simples. Ce groupe est celui des Filibranches subdivisé en deux autres, suivant que les filaments sont tous semblables ou de deux sortes, les uns plus gros que les autres.
Le troisième ordre est celui qui renferme le plus grand nombre d’espèces ; les filaments se réunissent, pendant le cours du développement par des canalicules d’anastomose ; de sorte que les lames ne sont plus résolubles en filaments, mais sont, de vraies lamelles plus ou moins compactes, perforées par des fenêtres. Cet ordre, où les coupures secondaires sont à peine possibles, malgré le grand nombre des genres et des espèces est celui des Eulamcllibranches. Il comprend, avec les Naïades, tous les Mollusques de l’ancien ordre des Siphonés, moins les Poromyidés et les Cuspidariidés.
Ces derniers constituent l’ordre des Septibranchcs, chez les¬ quelles les lames branchiales ayant perdu leur structure sont devenues une cloison musculaire qui partage la cavité palléale en deux chambres.
Cette classification, qui a d'ailleurs beaucoup de points com¬ muns avec celle de Pelsener, a le mérite de répartir les Lamel¬ libranches d’après leurs réelles affinités. Elle repose sur une base très solide, étant donné le très grand nombre des genres et des espèces étudiés au point de vue de la circulation bran¬ chiale.
Elle a en outre l’avantage de grouper les animaux d’après leur ordre d’apparition à la surface de la terre ; car aujourd’hui les zoologistes ne so bornent pas à réunir dans un même groupe les animaux voisins ; ils cherchent encore à établir leur filia¬ tion en s’aidant des documents fournis par l’anatomie compa¬ rée, l’embryologie, et la paléontologie.
C’est ainsi que l’on a été conduit à considérer les Nuculidés comme la souche des autres Lamellibranches ; en effet, leurs branchies sont réduites au feuillet direct, composé de filaments foliacés isolables ; cette structure si peu compliquée n’est évi¬ demment pas le résultat d’une rétrogradation, car les Nuculidés se rencontrent déjà dans les couches supérieures du cambrien, avant tous les autres Lamellibranches ; la branchie originelle pouvait être représentée par de simples tubercules vasculaires qui en s’allongeant ont donné les touilles branchiales des Nucu¬ lidés.
Supposons que ces filaments s’allongent encore et se réflé¬ chissent sur eux-mêmes; il se formera ainsi une branchie de Foliobranchc ; c’est ainsi que l’on passe des Nuculidés aux Avi- culidés et aux Arcadés; tenant compte de la différence de la circulation branchiale, et aussi des époques d’apparition, on peut considérer ces deux familles comme deux rameaux distincts du tronc originel.
Une complication de plus, l'apparition des canalicules d’anas • tômosc entre les filaments, nous amène aux Eulamellibranchcs. qui sont aussi les derniers apparus sur le globe. Leurs bran- !
chies lamelleuses sont plus complexes que les branchies fila¬ menteuses, et évidemment plus perfectionnées, car l’eau est en contact avec uno surface respiratoire beaucoup plus considé¬ rable. En général, il y a coexistence de cette branchie avec les siphons qui sont évidemment un appareil de perfectionnement pour faciliter les échanges respiratoires.
Les Filibranches, plus anciens, sont au contraire dépourvus de siphon. De plus, l’embryologie nous montre les branchies des Lamellibranches débutant toutes par l’apparition successive de bourgeons qui s’allongent en filaments, lesquels se réunissent plus tard en lames.
La concordance remarquable des résufftits fournis par ces divers moyens d’investigation mérite, ce semble, d’être prise en très sérieuse considération ; c’est pour avoir négligé tous les éléments d’information que Possner, par exemple, considère les Naïadés, dont les plus anciens ne datent cependant que du purbeckien, comme les ancêtres dés Pectinidés qui ont apparu dès l’époque silurienne ; c’est d’ailleurs le cas de tous les ani¬ maux d’eau douce, presque toujours issus d'animaux marins, l’inverse étant tout à fait exceptionnel.
Nous pouvons donc dire que la classification dont il est ques¬ tion plus haut résume fidèlement l’histoire des Lamellibranches ; il nous reste un dernier point à examiner ; cette classe homo- . gène est-elle nettement séparée des autres classes de Mollus¬ ques, ou au contraire existe-t-il des formes présentant des par¬ ticularités communes d’organisation ?
Or les Gastéropodes Scutibranches ou Distocardes ont comme les Lamellibranches deux oreillettes au cœur ; du ventricule, traversé par le rectum, part une aorte antérieure et une posté¬ rieure, tandis qu’il existe un seul tronc aortique chez les autres Gastéropodes ; ils ont aussi leurs reins, et présentent d’autres caractères communs tirés des organes génitaux et de l’appareil digestif; de plus, ce sont des animaux aussi anciens que les Lamellibranches ; on voit donc que ces deux groupes présentent une similitude d’organisation tout à fait surprenante malgré les différences de la coquille. A ces caractères communs, il faut ajouter les profondes ressemblances dos organes respiratoires, comme l’a montré M. Ménégaux ; chez les Foliobranches, l’ap¬ pareil branchial se compose de chaque côté d’une branchie bi- pectinée tout à fait comparable à celle de l’Haliolidc; il en est de même chez les autres Lamellibranches comme on s'en con¬ vaincra en supposant le feuillet réfléchi rabattu dans le même plan que le feuillet direct dont il est la continuation.
De sorte qu’on peut généraliser et dire : les deux lames bran¬ chiales de chaque côté, qu’on regardait jadis comme deux bran¬ chies, forment au contraire un organe bipectiné, homologue d’une branchie de Scutibranche ; ces considérations nous por¬ tent à abandonner la division en Dibranches et Tétrabranches. La division des Lamellibranches en Asiphonés et Siphonés, actuellement classique et moins exposée aux objections, car elle concorde avec d’autres caractères anatomiques importants, et associe dans le groupe inférieur des Asiphonés, la plupart des types les plus anciens, c’est-à-dire à branchies foliacées ou fila¬ menteuses, Mardis que les Siphonés ont des branchies lamel¬ leuses.
En résumé, les Lamellibranches et les Gastéropodes ont une origine commune ; ceux-ci ont évolué dans diverses directions, variables avec les genres de vio auxquels ils s’adaptaient, tan¬ dis que les premiers, sédentaires, souvent même fixés, n’ont pas subi d’importantes transformations.
A. Goux.
DIAGNOSES D’ACARIENS NOUVEAUX
L’étude des Galles acarienncs ou Phytococcidies du Nord de la France faite récemment par MM. Emile Balle (de Vire) et II. Fockcu (de Lille), a fourni les espèces nouvelles de Phytop- tîdœ dont voici la diagnose :
Pliyllocoptes Itallei (Nalepa), n. sp.
Corps ovoïde, allongé, terminé par un lobe anal très peu distinct portant une paire de poils flagcllaircs très grêles cl une paire de poils accessoires très courts. Ecusson thoracique semi-circulaire en avant, prolongé au-dessus du rostre qu’il couvre entièrement : rostre très fort et très long. Tubercules des poils dorsaux cylindriques, insérés près du bord postérieur de l’écusson. Poils dorsaux courts. Pattes distinctement arti¬ culées, minces, à pénultième article presque deux fois plus I long que le dernier. Ongles courts fortement recourbés ; plu-
LE NATURALISTE
mule tarsale très grêle à quatre (?) paires de rayons. Région dorsale de l’abdomen présentant 27 anneaux incomplets : région ventrale simplement striée et ponctuée. Poils abdomi¬ naux de la troisième paire allongés. Vulve de la femelle dis¬ tinctement striée.
Longueur: 0 mm. 12; largeur: 0 mm. 048.
Habitat. — Sur les feuilles de Tilia grandifolia, où elle vit, comme les autres espèces du genre Phyllocoptes, sans produire de véritable galle, menant une vie vagabonde et causant par sa piqûre, d'après le docteur von Schlechtendal (de Halle-sur- Saalel, des taches brunes plus (ou moins étendues ( brouissure ou brunissure locale).
Cette espèce est dédiée M. E. Ballé (de Vire), auteur d un travail sur les Galles du Calvados, qui l’a découverte sur le tilleul.
Phyllocoptes, Fockeui (Nal. et Trt), n. sp.
Corps fusiforme, ayant sa plus grande largeur en arrière de l’écusson thoracique, diminuant ensuite jusqu'à, l’extrémité postérieure. Ecusson thoracique distinctement plissé, prolongé en avant et recouvrant presque entièrement le rostre. Tuber¬ cules des poils dorsaux insérés sur le bord postérieur de l’é¬ cusson. Région dorsale de l’abdomen divisée en 32 anneaux incomplets ; région ventrale striée et ponctuée. Poils abdo¬ minaux longs et grêles. Lobe anal distinct, portant deux poils flagellaires allongés et deux poils accessoires. Pattes dis¬ tinctement articulées, minces, à pénultième article plus court que le dernier. Ongle long, terminé par une extrémité émoussée ou en forme de bouton ; plumule tarsale très grcle à cinq paires de rayons. Vulve cordiforme à valvule striée.
Longueur: (femelle) 0 mm. 18; largeur: 0mm. 05.
Longueur: (mâle) 0 mm. 15; largeur: 0 mm. 045. Habitat. — Sur les feuilles du Prunus domestica, ou l’espèce mène une vie vagabonde, ne produisant pas de véritables galles comparables i celles du Phytoptus similis (Nalepa).
L’espèce est dédiée à M. H. Fockeu, préparateur à la Fa¬ culté de médecine de Lille, auteur d’un travail sur les Galles du Nord de la France.
Pliytoptus \alepni Trt), n. sp.
Corps vermiforme, terminé par un lobe anal distinct portant une paire de poils flagellaires très longs et une paire de poils accessoires longs et raides. Abdomen annelé, finement ponctué. Les poils latéraux et les poils abdominaux de la première paire très longs, ceux de la troisième paire très courts et grêles. Ecusson thoracique semi-circulaire, strié. Tubercules des poils dorsaux petits, insérés sur le bord postérieur de l’écusson. Poils dorsaux longs et grêles. Rostre court et fort, dirigé en avant et en bas. Pattes courtes distinctement arti¬ culées ; les deux derniers articles presque do même longueur. Poils extérieurs du dernier article très longs. Ongles très longs, peu recourbes : plumule tarsale distincte, à 5 paires de rayons. Vulve distinctement striée (large de 0 mm. 017).
Longueur: (femelle) 0 mm. 17; largeur : 0 mm. 03.
Longueur: (mâle) 0 mm. 14; largeur : 0 mm. 028. Habitat. — A la face inférieure des feuilles de] Hippophaë rhamnoïdes s’abritant sous les poils étoilés que portent ces feuilles et produisant à la longue l’étiolement, le bombement et l’enroulement de la feuille. Découverte par M. le professeur A. Giard, à Wimereux (Pas-de-Calais).
L’espèce est dédiée à M. le professeur A. Nalepa (de Linz), le savant spécialiste, si versé dans la connaissance des Phy- toptidæ.
Ces trois espèces seront décrites et figurées, dans un pro¬ chain travail de M. Nalepa, avec d’autres espèces provenant également du Nord de la Franco et qui font partie de ma col¬ lection.
Dr E. Trouessart.
RÉCRÉATION ENTOMOLOGIQUE
S’il est en entomologie Une étude négligée, méconnue, c’est sans contredit celle qui s’occupe des mœurs, des habitudes, des caractères, des particularités des insectes.
Le temps et la patience manquent trop souvent quand il faut étudier et suivre des heures entières l’instinct et les volontés d’un insecte. Il semble au-dessous de la science de faire pour des êtres si petits ce que Buffon a fait pour les grandes espèces ; comme si les études phi¬ losophiques variaient pour les uns et pour les autres. Pourtant rien de plus agréable, de plus instructif, de plus merveilleux que cette étude philosophique de l’en¬ tomologie.
Qu’il nous soit permis de citer quelques fragments d’un discours prononcé à la Société entomologique de France par M. Guénée, en prenant possession du fau¬ teuil de la présidence à la séance du 14 février 1849.
« Souvenons-nous, dit-il, que l’Entomologie, comme « ses sœurs, fournit un emploi honorable et moral à « l’activité de l’intelligence humaine; qu’elle ouvre aux « passions une voie salutaire de dérivation ; qu’elle « grandit l’homme en élevant son esprit et qu’elle l’a- « méliore e^ . polissant ses mœurs. Pensons aux bles- « sures du cœur qu’elle a guéries, aux illusions prêtes à « s’envoler, qu’elles a retenues, aux mécomptes dont « elle a consolé,' aux chagrins légitimes dont elle a « adouci l’amertume, aux jours tranquilles dont elle « sème la vie. Soyons fiers du bonheur qu’elle donne au « pauvre comme au riche, à l’homme que le travail a « fatigué comme à celui que l’oisiveté tourmentait et « disons-nous que toute source d’où coulent de pareils « bienfaits, n’eùt-elle pas d’autres titres à la reconnais- « sance des hommes, mérite dans tous les temps d’être « respectée et bénie. »
Il est accepté sans conteste, qu’avec de la patience, de bons soins, il est possible d’adoucir les mœurs des ani¬ maux supérieurs les plus féroces, et même de leur donner une certaine éducation ; on a reconnu que les animaux inférieurs subissent également cette loi ; sans nous arrêter aux jongleurs Indiens, qui jouent avec les serpents les plus venimeux, nous avons vu le surveillant du Muséum d’histoire naturelle de Paris caresser les serpents et autres pensionnaires de sa ménagerie, il nous a paru que ces derniers y trouvaient un certain plaisir. L’histoire nous a conservé l’attachement de cer¬ taines araignées pour les prisonniers qui en prenaient soin. En descendant encore dans l’ordre des insectes, on a pu voir sur la place publique des puces traînant une voiture microscopique et prenant leur nourriture sur le bras du Barnum. Voulant descendre encore dans l’ordre des insectes, nous avons essayé de donner des soins à une larve de Coléoptère et nous avons réussi au bout de quelques jours (10 à 15 jours), non seulement à être reconnu, mais à voir venir la larve prendre à la main la nourriture présentée.
Cette larve que nous demandons la permission de vous présenter est Teresias Serra Steph., on la trouve assez communément sous les écorces de platane pendant l’hiver, elle se nourrit sans aucun doifle de petits insectes, qui cherchent sous l’écorce un abri pour pas¬ ser la mauvaise saison. Nous avons enfermé cette larve, avec quelques fragments d’écorce, dans un petit bocal recouvert d’une toile métallique, nous lui avons pré¬ senté des mouches mortes ou d’autres petits insectes; les premiers jours, elle se tenait cachée suivant tous nos mouvements, mais sans bouger, et ne se décidait à saisir sa proie, que lorsque nous nous étions suffisam¬ ment éloigné; au bout de quatre à cinq jours, les pro¬ grès étaient visibles, la larve venait prendre l’insecte
LE NATURALISTE
aussitôt la main retirée du bocal et enfin après dix à quinze jours de soins, elle quittait sa retraite, s’avançait et s’emparait de la mouche tenue directement par les doigts; plus tard il suffisait d’enlever la toile métallique, pour voir la larve (se précipiter au-devant de la main même lorsqu’elle était vide.
La larve de Teresias Serra a un aspect très singu-
Lc Teresias serra' (Larve grossie, larve grandeur naturelle, insecte parfait grossi).
lier, ses métamorphoses sont fort peu connues.
Longueur o à 8 millimètres, coriace en-dessus et d’un roux sale, avec le bord des segments blanchâtres ; char¬ nue et d’un livide blanchâtre en dessous. Sa tête est assez grosse, carrée et inclinée en avant; l’épistome est assez grand et le labre' petit et arrondi. Les mandibules sont coniques, roussâtres à la base, noires à l’extrémité. Les palpes sont roussâtres et coniques, les maxillaires de trois articles, les labiaux de deux ; les antennes sont de quatre articles.
Le corps est ellipsoïdal et formé de douze segments. Les trois premiers sont larges et portent chacun une paire de pattes semi-cornées, dont les tarses sont garnis de petits cils spiniformes et terminés par un ongle su- bulé. Le premier segment le plus long de tous. Les quatre segments qui viennent à la suite sont très courts. Les flancs de tous ces segments sont hérissés de poils fauves, raides, d’inégale longueur, entremêlés de quelques autres beaucoup plus longs et un peu plus fins.
Les quatres segments qui suivent le septième et qui sont aussi très courts, portent des franges très longues et très touffues de poils raides, qui sont couchés lorsque la larve n'a rien qui l’inquiète, mais qui, pour peu que l’on provoque chez elle de l’agitation, se dressent comme la queue du paon et forment quatre larges pa¬ naches transversaux, occupant toute la largeur du corps et donnant à la larve un aspect étrange.
Quel est le but de cette organisation insolite ? quel est l’usage de ces poils tous constitués d’une manière uni¬ forme et si bizarre dans sa régularité? Pourquoi se dressent-ils lorsqu’on touche la larve, ou que, décou¬ vrant sa retraite, on l’offusque par l’éclat de la lumière ? Veut-elle, ce qui est probable, effrayer l’ennemi qu’elle redoute? Autant de questions qui se présentent à l’es¬ prit, et que nous livrons aux recherches des naturalistes comme dignes d’intéresser la science.
Le dessous du corps est d’un livide blanchâtre ; on remarque sur toute la surface inférieure des poils ou plutôt des soies fauves, raides et comme tronquées, des¬ tinées sans doute à favoriser les mouvements de la larve qui glisse plutôt qu’elle ne marche.
Nous avons fait reproduire en captivité Teresias Seira plusieurs années de suite, les œufs sont pondus sous les écorces (mises dans le bocal) au nombre de quarante environ, ils éclosent de quinze à vingt et un jours après la ponte, qui a lieu fin juin; rien de plus curieux que ces petites larves couvertes de longs poils fauves et grosses comme un grain de pavot, qui glissent par saccades, au lieu de marcher. Nous avons noté cinq changements de peau à des intervalles de temps irréguliers, jusqu'au do juin, époque de l’éclosion de l’insecte parfait.
Lorsque le moment de la transformation est venu, la larve, après s’être retirée dans un recoin obscur et tranquille se dépouille de sa peau et se trouve méta¬ morphosée en une nymphe blanche hérissée de spinules de même couleur et membraneuses. Au bout de trois ou quatre jours, la peau de cette nymphe se fend le long du dos pour donner passage à l’insecte parfait.
Celui-ci est long de 4 à 5 millimètres ovale, d’un brun noir luisant, pubescent et ponctué ; le thorax est court, transversal et coupé postérieurement en angle sphérique bien marqué, les pattes et les antennes sont d’un testacé brunâtre.
Nous nous trouverions largement récompensé de nos efforts, si nous pouvions supposer que nous avons réussi à entraîner, par cet exemple, quelques jeunes lecteurs à essayer ce passe-temps instructif et aussi des plus utiles pour combattre les ennemis de notre agriculture.
Decaux,
Membre de la Société cntomologique de France.
LIVRE NOUVEAU
La Famille primitive, ses origines et son développement,
par C. N. Starckf,, professeur à l’Université de Copenhague.
_ La Bibliothèque scientifique internationale, dirigée par M. Km.
AMave, comptait déjà un certain nombre de volumes relatifs à l’histoire des sociétés humaines, notamment ceux d’Herbert Spencer, de Bagehot, de Roberty, de Draper, de Joly, de Car- tailhac, de Lubbock, de, Quatrefagcs, etc. Elle s’augmente au¬ jourd’hui d’un ouvrage sur l’une des questions capitales de la sociologie : la Famille primitive et ses observations diverses, qui ont0 abouti au régime actuel do la famille. Dans une pre¬ mière partie, l’auteur examine l’organisation do la famille, de la propriété et de l’héritage chez tous les peuples primitifs ou anciens. Dans la seconde partie, il fait la théorie de la famille primitive, de son origine et de son évolution. Il étudie succes¬ sivement la filiation, la polyandrie et la polygamie, le ma¬ triarcat et le patriarcat, le lévirat et le nivogat, l’hérédité et le droit d’aînesse, lés formes différentes de famille dans les prin¬ cipales races, etc. L’origine et le régime du mariage attirent principalement son attention; il développe soigneusement le svstcme do l’exogamie et l’évolution du mariage. 11 termine enfin par la théorie du clan, de la tribu et de la famille qui a provoqué, comme celle du mariage, bien des controverses. Ce livre est donc comme un résumé des principales questions so¬ ciales il vol. in-8“, cartonné à l’anglaise. Librairie Félix Alcan. Prix : G fr. et aux bureaux du journal).
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 7 novembre 1890. - M. E. Lai
1,0 1,1. 'folios des nodosités dos léguminonsos, a trouvé chez eux un mode de reproduction analogue à celui trouvé par Mctch- nikoff chez le Pasteuria Ramosa parasites des Daphnies ; ces organismes paraissent devoir constituer un groupe distinct, intermédiaire entre les Bactéries elles champignons filamenteux inférieurs, M. Em. L urent propose pour eux le nom de Pas-
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LE NATURALISTE
teui-iae.écs. — M. Léon Vaillant a observé chez le Chélmo ros- tratus , Poisson rapporté parM. Lix del’Ilc Thursdav (détroit de Torrès) à l’état jeune dos caractères transitoires qui permettent d’étendre à ce genre les notions acquises pour d’autres types dans le groupe des squammipennes. — M. E. Canu adresse à l’Académie du laboratoire maritime de Vimereux une note sur le dimorphisme sexuel des copépodes ascidicoles. — M. F. Guitei. adresse également du laboratoire maritime de Roscoff une note sur les différences sexuelles dans un poisson du Genre Lepado- gaster (Lepodogastcr bimaculatus). — M. Ch. Dec.agny adresse à l’Académie une note sur les forces moléculaires antagonistes qui se produisent dans le noyau cellulaire, et sur la formation de la membrane nucléaire. — M. Henri Lasse (en réponse aux critiques de M. de Lapparcnt qui considère les Rideaux de la Picardie comme n’étant qu’un simple résultat de la culture) soutient sa propre théorie dans laquelle il attribue une origine géologique au phénomène des Rideaux.
Séance du 24 novembre. — M. A. Sabatier adresse à l’A¬ cadémie une note sur la spermatogenèse chez les Locustides.
_ yp H. Prouho après une étude anatomique de la Cyclatella
annelidicola (Van Bencden et Hesse) est arrivé à montrer que les caractères de cette espèce commensale des clyméniens sont seulement, spécifiques et en lont un véritable Loxosomc iLoxo- soma annelidicola . — M. Villot montre que Ç Heierodera Scha- chlli parasite de la betterave ne pouvant supporter qu’une température do 33”C. maximum est sûrement tué par le passage dans le tube digestif du mouton dont la température = 40°C d’a¬ près Colin. Un excellent nématocidc recommandé par M. Willot pour la destruction de l’Hctcrodera schachtii consiste dans l'emploi des eaux ammoniacales du gaz d’éclairage. — M. A. La¬ croix adresse une noté sur une roche éruptive de l’Ariège et siii- la transformation des feldspaths en Wernerite.
Séance du 1" décembre. — M. G. de Saporta communique à l’Académie le résultat de ses recherches sur do nouvelles flores fossiles observées en Portugal et marquant le passage entre les systèmes jurassiques et infracrélacé. — M. Ranvier présente une intéressante note de M. Et. Jourdan sur un tissu épithélial fibrillaire des annélides. M. Et. Jourdan si connu par ses belles études sur l’histologie des invertébrés a été amené à observer ce tissu dans la trompe des Glycères en poursuivant ses recher¬ ches sur les organes des sens des annélides. — M. Chauveau pré¬ sente une notede M. Alfred Mallèvre siir l’influence de l’acide acétique sur les échanges gazeux respiratoires. — M. René Drouin adresse une note sur une nouvelle méthode hémato- alcalimé trique et sur l’alcalinité comparée du sang des Verté¬ brés. — M. H. Viall a-nes continue ses recherches sur le cer¬ veau des arthropodes, ses dernières recherches ont porté sur là structure histologique des centres nerveux du Limulus Poly- phemus déjà si bien étudié au point de vue anatomique par M. A. Milne-Edward. L'auteur a étudié avec un soin minutieux le Protécerebron et le corps pédoncule qui chezla limule atteint un développement extraordinaire (jjjb du cerveau) M. Viallanes décrit ensuite le cerveau postérieur, les parties latérales du collier nerveux constituées par les cinq paires centres ganglionnaires cimentant les cinq paires de pattes mâchoires et enfin la partie postérieure du collier nerveux formée par la soudure très intime de deux paires de centres ganglionnaires. — M. R. Moniez adresse une note sur les différences exté¬ rieures que peuvent présenter les Nematobothrium à propos d’une espèce qu’il signale comme une nouvelle, le M. Guernei, du Germon. — M. L. Cuénot adresse une note sur le système nerveux entécocœlien des Echinodérmes qui en outre des deux systèmes nerveux, spéciaux à la face orale ou ambulacrairc du corps, existe souvent à la face aboralc ou anti-ambulacrairc et est d’origine absolument différente. — M. Jean Demoor com¬ munique à l’Académie le résultat de scs recherches expérimen¬ tales sur la locomotion des Arthropodes. — M. E. Bastit ré¬ sumé ainsi ses recherches sur les influences comparées de la lumière et de la pesanteur sur les tiges des mousses. Dans l’air ou dans l’eau, l’influence héliotropique sur la croissance de la tige des mousses surpasse l’influence du Géotropisme et la tige sc° dirige toujours vers la lumière, quelle que soit la position de la source lumineuse. — M. L. J. Léger a constaté la présence de laticiféres chez les Fumariacées. — M. J. Seunes a constaté la présence de Rudistcs dans le flysch à orbitolines de la région sous-pyrénéenne du département des Basses-Pyrénées (vallée du Saison).
Séance dn 8 décembre.. — M. Ranvier communique à l’Aca¬ démie le résultat de ses recherches sur la constitution histolo¬ gique de la membrane du sac lymphatique œsophagien de la Grenouille. — M. Joanncs Chatin trouve une remarquable si¬
militude dans la constitution du noyau chez les spongiaires et chez certains amibes ou infusoires. — MM.Topsent et Trouessart décrivent un nouvel acarièn découvert par M. Topsent àLuc-sur- Mer, le Nanorchestes amphibies représente un nouveau genre et une nouvelle espèce d’acarien sauteur. — M. Albert Gaudry présente une note de M. Ch. Depéret et Leenhardt sur l’âge des sables et argiles bigarrés du Sud-Est; cet horizon (Horizon de Mérindol ) existe àla fois dans le bassin d’Apt et dans celui de la Durance; il appartient au niveau de l'étage de Vitololes, c’est-à-dire à l’Eocène inférieur et est entièrement distinct de l’horizon des sa¬ bles et argiles bigarrés, crétacés du bassin d’Apt.
Séance du 15 décembre. — M. Eugène Canu adresse à l’Académie le résultat de recherches qu’il a entreprises au labo¬ ratoire maritime de Wimereux (Pas-de-Calais) sur le déve¬ loppement des copépodes ascidicoles. — M. Léon Guignard communique à l’Académie le résultat de ses recherches sur la localisation des principes actifs dans la graine des crucifères. — M. L. Mangin ayant étudié la structure des péronosporées conclut do ses recherches que la présence constante de callose dans le mycélium dosPéronosporés permet de reconnaître avec une grande netteté les moindres traces de ces parasites dans les plantes qui leur servent d’hôtes et. de préciser les relations qui s’établissent entre ces dernières et le parasite. — M. Pril- i.ieux rappelle à l’Académie qu'il a en 1889 communiqué à la Société de Botanique des observations anatomiques sur les tubercules des racines de légumineuses entièrement d’accord avec les faits signalés dernièrement à l’Académie par M. Em. Laurent.
A. E. Malard
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G. Malloizel.
Le Gérant: Emile DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
13» ANNÉE
2° Série — 1*° 94
FÉVRIER 1891
LES SOI-DISANT DÉPÔTS MOHA INIQUES
DE E'ÉPOQUE QUATERNAIRE
On trouve sur les plateaux et dans les vallées des pays qui furent recouverts par les glaciers quaternaires, des dépôts d’eau douce à stratification confuse, qui sont par¬ ticulièrement caractérisés par la présence dans leur masse de gros blocs anguleux. Ces blocs, dont la nature pétrologique est bien différente de celle des terrains sur lesquels ils reposent, viennent évidemment de fort loin ; et il s’agit de rechercher quel a été leur mode de trans¬ port.
A l’époque où l’on se plaisait à ne voir dans l’histoire de la terre que cataclysmes et ruines, et à tout expliquer parles causes les plus violentes, on ne manqua pas d’at¬ tribuer le transport de ces blocs, d’un volume souvent fort consi¬ dérable, à des cou¬ rants impé¬ tueux, dont les vagues i mm en ses auraient couvert non seulement les vallées des Alpes, mais même les plateaux qui domi¬ nent ces vallées .
Mais la ré¬ flexion et une étude plus atten¬ tive des ca¬ ractères pê- trographi - ques de ces dépôts vin¬ rent ensui¬ te obliger les géologues d’abandonner leur hypothèse. On renonça à chercher la source inépuisable qui en¬ tretenait d’aussi fantastiques Courants. On ne peut expliquer comment des cours d’eau capables d’entraîner des blocs aussi volumineux auraient pu laisser déposer les graviers et l’argile qui s’y trouvent associés. Et puis, si les blocs ont pu être roulés sur un aussi long par¬ cours, comment se fait-il qu’ils aient conservé leurs formes anguleuses et leurs vives arêtes? 11 fallait se ré¬ soudre à chercher une autre explication, qui tint compte de toutes les conditions du problème.
L’observation des phénomènes de l’époque actuelle, qui sert de base à la science moderne, pouvait seule fournir une réponse satisfaisante à cette question diffi¬ cile. Il a existé en effet, il existe encore de nos jours des agents naturels capables de transporter au loin d'é¬ normes quartiers de roche sans leur faire subir la moindre altération; nous voulons parler des glaciers. Ces fleuves de glace, dont on connaît maintenant la struc¬ ture, le mode de formation et de progression, cheminent lentement, mais avec une force irrésistible, au fond des
Fig. 1. — Bloc erratique strié par L (D’après une photographie de
plus hautes vallées des Alpes, qu’ils comblent en partie. Grâce à la dureté de la glace et au mouvement molécu¬ laire qui anime toute sa niasse, aucun corps étranger n’y peut pénétrer sans être aussitôt rejeté ; mais les débris de toute sorte, provenant des cimes voisines et qui tombent à la surface de la glace, se déplacent avec elle sans exécuter par eux-mêmes aucune espèce de mouve¬ ment. On a donné le nom de blocs erratiques à ces quar¬ tiers de roche de toute nature, de volumes divers et de formes irrégulières, qui cheminent ainsi, très lentement, à la vérité, mais aussi sûrement que pourraient le faire des moellons chargés sur un chariot. L’analogie com¬ plète de ces blocs erratiques avec les blocs anguleux qui caractérisent les dépôts quaternaires en question est trop évidente pour laisser aucun doute sur leur commu¬ nauté d’origine ; et il est naturel de supposer que le transport des uns et des autres s’est effectué sous l’em¬ pire des mêmes for¬ ces et des mêmes lois. Les résul¬ tats ne dif¬ fèrent que par leurs propor - tions , et celles-ci ne d é p e n- dentque du temps et de certaines conditi o ns spéciales dans le dé- taildesquel- les nous ne pouvons en¬ trer ici (1). Tous les géologues sont, main¬ tenant, par- faitement
d’accord sur ce point; la chose est jugée, et ce serait perdre son temps que de prétendre la l'emettre en question.
Mais les glaciéristes ne se sont pas bornés à expliquer par les glaciers le transport des blocs erratiques, anciens ou récents; il ont prétendu retrouver intacts, dans l’état actuel de la terre, tous les dépôts erratiques de l’époque quaternaire ; et ils n’ont pas hésité â considérer comme d’anciennes moraines tous les dépôts quaternaires conte¬ nant des blocs erratiques. C’est une manière de voir contre laquelle je me suis prononcé depuis long¬ temps (2). Nous avons des preuves incontestables que les plateaux et les vallées autrefois recouverls par les glaciers quaternaires ont été, depuis cette époque, occu¬ pés par de puissants cours d’eau et ont subi, à plusieurs reprises, de profondes érosions. Ceci admis, et on ne
15 novembre 1888).
(2) Vovezma Note sur le i ternaires (L’Échange. n®» 14
M. le
LE NATURALISTE , Paris, 46, rue du Bac.
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LE NATURALISTE
peut moins faire que de l’admettre, je ne vois pas com¬ ment les moraines des glaciers quaternaires auraient échappé à toutes ces causes de remaniement et de dés-
Fis. 2. — « Erdmannli-Stein », prés Wofalen (Suisse). :
(D’après une photographie de M. le professe
Lindwald. (D
loc erratique 3 graphie de M. le pro
atérales » et de ème complètc- loit se faire de ■s. Leur retrait.
truction. Les expressions de « mo 1 1 moraines frontales » me parais ment incompatibles avec l’idée qt la rétrogradation des glaciers quaternaires. Leur reti de même que leur progression, ne s’est pas eflectué en un jour. Les masses énormes de glace qui encombraient nos vallées et recouvraient les pentes de nos montagnes n’ont pu fondre en une nuit; et ce serait se faire une
étrange illusion que de s’imaginer que le glacier qua¬ ternaire qui couvrait le plateau de la Bresse s’est trouvé subitement relégué sur les sommités des Alpes. Les gla¬ ciers] quaternaires se sont retirés comme ils s’étaient avancés, à pas lents et sans discontinuité. Les dépôts erratiques qu’ils ont laissés derrière eux ne pouvaient donc affecter la forme de moraines, latérales ou fron¬ tales, mais bien celle d’une couche continue de boue, de graviers et de blocs errati¬ ques. Ces débris de toute sorte, abandonnés dans le fond des vallées, sur les plateaux et sur les pentes des montagnes, furent dès lors soumis à l’action des agents atmosphériques et. aussitôt désagrégés par les nappes d’eau provenant 'de la fonte de la glace (1). Les eaux, en s’infiltrant dans la boue glaciaire, la délayè¬ rent et opérèrent le triage de ses divers éléments. Les parties les plus fines, ar¬ gileuses ou sableuses, fu¬ rent entraînées les premiè¬ res, puis ce fut le tour des éléments plus grossiers. Beaucoup de blocs errati¬ ques, déposés sur les pen¬ tes, durent suivre le mou¬ vement de la boue glaciaire qui les supportait, et rouler avec elle au fond des val¬ lées. Quant à ceux qui fu¬ rent abandonnés par le gla¬ cier sur les plateaux ou dans le fond des vallées ; ils ont dù rester à la place même où on les observe encore aujourd’hui.
, L’origine lluviatile ou la¬ custre des dépôts d’eau dou¬ ce qui contiennent les blocs erratiques remaniés nous est attestée par les énormes galets qui accompagnent d’ordinaire les blocs angu¬ leux. Ces galets, de forme très irrégulière et de gros¬ seurs très diverses, ont la même origine que les blocs anguleux et n’en différaient primitivement que par leur moindre volume, qui a permis aux eaux de les rouler.
ics èrratiques de granit. Mulhbcrg.)
de granit du Gothard, dans fesscur Muhlberg.)
dépôts i
tiques quat
remaniement que- lorsqu’ils se trouvaient dans des conditions et purement locales. Les lambeaux de ces do- srve cncoro dans leur état primitif affectent la lenticulaires, qui remplissent des poches ou eu creusées par les glaciers dans des ochcs dures.
LE NATURALISTE
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Ils ont été d’autant mieux arrondis qu’ils se trouvaient I plus petits. On le voit, ces soi-disant dépôts morai- niques de l’époque quaternaire sont, en réalité, de véri¬ tables alluvions, qui appartiennent à l’époque post-gla¬ ciaire.
Les alluvions post-glaciaires à blocs erratiques rema¬ niés sont principalement développées sur les plateaux, où elles représentent les atterrissements d’anciens lacs, dont les sources se sont taries. Elles ont comblé jadis les ravins des Alpes, et forment encore des monticules, plus ou moins élevés, qui dominent les torrents. Les cônes de déjection des torrents de l’époque actuelle sont presque toujours flanqués de terrasses formées d’allu- vions anciennes. Ces terrasses, qui présentent ordinai¬ rement deux faces escarpées, dont l’une est parallèle à l’axe du torrent et l’autre parallèle à l’axe de la vallée, ont été taillées par les érosions modernes dans les cônes de déjection des torrents de l’époque post-glaciaire. Ces mêmes érosions ont fait disparaître, dans la plupart des vallées, les alluvions post- glaciaires à blocs erratiques remaniés ; mais celles- ci ont résisté aux érosions toutes les fois qu’elles ont été protégées par quelque saillie de roche dure, et l’on en observe encore de nombreux lambeaux échelonnés, à diverses hauteurs, sur le bord de nos rivières. Les cours d’eau de l’époque moderne, qui ont remanié les allu¬ vions post-glaciaires et en ont dispersé les éléments constituants, n’ont pu entraîner ni les blocs anguleux ni les galets les plus volumineux ; et ceux-ci, après leur isolement, sent restés à la place même où ils s’étaient arrêtés. On les trouve à la surface des plateaux et des terrasses post-glaciaires, et même dans les plaines les mieux cultivées. Ils nous montrent que ces dernières ont été, elles aussi, autrefois recouvertes par les alluvions post-glaciaires. Ils nous fournissent ainsi de précieuses indications pour la reconstitution idéale de ces alluvions, qui représentent incontestablement une des phases les plus intéressantes de l’histoire de la terre.
A. Villot.
L’HIBERNATION
(OISEAUX, REPTILES, BATRACIENS)
Oiseaux. — Les Oiseaux échappent surtout au froid par leurs migrations; les espèces des régions polaires arri¬ vent dans nos pays ; celles de nos pays s’en vont dans le Midi. Les espèces qui restent conservent pendant tout l’hiver une certaine activité ; il n’en est que très peu qui restent blotties dans leurs retraites. Les Cailles, les Hirondelles, etc., sont Surtout célèbres par leurs longs voyages ; elles n’attendent pas l’abaissement de la tempé¬ rature, elles le préviennent: aussi, lorsque leur départ est précoce, on en conclut habituellement qu’il y aura un hiver rigoureux ; cette prévision, notons-le en passant, - est loin d'être toujours vérifiée. Les Cailles, malgré leur lourde apparence, vont jusqu’en Afrique et en Asie- Mineure; les Hirondelles, dans les pays qui bordent la Méditerranée; il en est, paraît-il, qui poussent jusqu’au Sénégal.
Ces longs voyages sont extrêmement pénibles pour ces animaux, et un grand nombre périssent de fatigue pen¬ dant la route; lorsqu’ils arrivent à destination, ils sont
tellement exténués qu’ils fournissent une proie facile aux chasseurs et aux oiseaux carnassiers. Dans le Rous¬ sillon, c’est surtout à leur retour au printemps, qu’onles chasse au filet; sur les flancs des collines, on dresse de longs filets verticaux, dont l’extrémité est tenue en main par un guetteur : les oiseaux qui longent le bord de la mer vont donner tête baissée dans les mailles; le chas¬ seur abaisse le filet et s’empare des malheureux captifs, qui subiront un engraissement spécial avant d’être livrés à la consommation.
Sauriens. — Dans nos régions, les Lézards et les Ser¬ pents passent tout l’hiver engourdis, blottis au fond des retraites les plus profondes qu’ils puissent trouver ; ils n’en sortent qu’au printemps, très amaigris et encore si lents que leur capture est facile. Les Tortues terrestres (Testudo græca), que l’on élève souvent dans les jardins, se creusent une sorte de terrier peu profond, où elles se réfugient pendant toute la saison froide. L’hibernation est loin d’être aussi impérieuse pour ces animaux que pour les' Mammifères; lorsqu’on les maintient à une tempé¬ rature convenable, avec une nourriture suffisante, ils l’estent parfaitement actifs pendant toute l’année.
Batraciens. — Tous nos Batraciens hivernent; ils se retirent sur le bord des mares, dans des trous plus ou moins profonds, ou dans les bois, sous des amas de feuilles mortes et y restent jusqu’au retour du prin¬ temps. C’est à des Batraciens ainsi hibernés dans des vieux murs, des ruinep, etc., que se rapportent toutes les légendes des crapauds et des Salamandres vivant depuis des années, enfermés dans des pierres ; cette croyance est enracinée solidement dans la plupart de nos cam¬ pagnes; pour ma part, j’en ai souvent entendu citer des cas prétendus authentiques ; tout ce que j’ai pu en voir, c’est la pierre ou l’animal, mais jamais les deux en¬ semble.
Comme chez tous les animaux engourdis, la respira¬ tion pulmonaire devient presque nulle ; la respiration cutanée suffit amplement aux besoins de l’hématose. Les Batraciens présentent un organe spécial de réserve, qu’on appelle le corps adipeux surrénal : il est placé auprès du rein ou des organes génitaux, et a une forme plus ou "moins ramifiée. Pendant l’été, les Batraciens mangent avec avidité, et une bonne partie des matières assimilées s'accumule sous forme de globules graisseux dans cette glande de réserve, qui devient alors d’un beau jaune orangé, et prend un grand développement. Pen¬ dant toute la période d’hibernation, c’est sur cette graisse que vit l’animal ; c’est aussi à ses dépens que se forme la masse considérable des organes génitaux, qui arrivent à maturité avant que le Batracien ait pu re¬ prendre de la nourriture. Si cet organe n’est pas suffi¬ samment bourré de graisse, les glandes génitales ne peuvent arriver à maturité, et souvent même les Batra¬ ciens meurent pendant la période d’hibernation, consi¬ dérablement amaigris.
L. Cuénot.
U LARVE ET LA HYIIIPHE DU PRIONE TANNEUR
( Prionus coriarius)
Pendant les belles soirées de l’été, il n’est pas rare de voir voler à la tombée de la nuit un gros coléoptère de la famillo des Longicornes, auquel ses antennes dentelées en scie, sur¬ tout chez le mâle, ont fait donner le nom de Prionus (de itpiuv, scie).
LE NATURALISTE
Ce bel insecte qui est caractérisé par trois épines de chaque côté du corselet, par sa tète forte armée de mandibules ro¬ bustes, mais inermes, et par ses antennes conformées comme il est dit ci-dessus, se trouve encore assez communément dans les bois des environs do Paris pendant tout le mois de juillet ; cependant, lorsque l’année a été froide ou pluvieuse, il ne com¬ mence à apparaître qu’au commencement du mois d’août.
Ainsi que l’indique le dessin ci-joint, il existe entre les deux sexes une différence assez notable qui réside particulièrement dans la forme des antennes et dans la grandeur du corps qui est toujours plus considérable chez la femelle que chez le mâle, car, s’il est vrai que l’on trouve parfois des individus de ce dernier sexe aussi grands que celui que j’ai figuré, il arrive bien plus fréquemment que l’on en trouve qui sont moitié plus petits.
De plus les antennes possèdent douze articles chez le mâle et onze chez la femelle.
Les mâles, qui sont ceux qui éclosent en premier, volent assez souvent, mais jamais bien haut, tandis que les femelles restent la plupart, du temps immobiles contre le tronc des vieux arbres ou cachées dans l’herbe. Le Prionus eoriarius court, très rapidement en agitant vivement ses antennes et sa tète dont le frottement contre lé bord antérieur du corselet produit un cer¬ tain bruit assez fréquent chez les longicornes, mais très fort chez l’insecte qui nous occupe.
Il arrive assez souvent que les mâles se disputent violemment la possession des femelles. Aussi n’est-ce pas rare de trouver bon nombre de ces insectes ayant les pattes ou les antennes coupées et je conseille à ceux des naturalistes qui ont la bonne, fortune de trouver à la fois plusieurs de ces coléoptères, de ne pas les enfermer ensemble dans un même flacon sous peine de les retrouver en fort mauvais état.
A l’aide de la tarière puissante dont son abdomen est armé, la femelle perfore les vieilles souches d’arbres ou les écorces des troncs morts et y dépose ses œufs, lesquels donnent nais¬ sance à des larves douées de mandibules robustes qui font dans la souche où elles se trouvent des galeries fort longues, cylindriques et où la sciure se trouve accumulée après le pas¬ sage de l’animal.
La larve. — « Cette larve;- dit Mulsant, a la tète d’un brun « châtain; l’anneau prothoraciquo couleur de safran; le reste « du corps blanchâtre. Du quatrième au dixième segment, elle <( est chargée de larges mamelons. Les deux derniers anneaux « sont étroits, lisses, allongés. » Comme toutes les larves ligni- vores, elle est presque noirâtre pendant le jeune âge en raison de ce que l’on peut aisément apercevoir les éléments nutritifs au travers des tissus et de la peau très fine qui les recouvre. Mais, au fur et à mesure que la larve avance en âge, les tissus adipeux se développent et la larve devient de plus en plus blanche, de telle sorte qu’à la fin de la croissance', lorsque la métamorphose en nymphe approche, elle est bien dodue et. en¬ tièrement d’un beau blanc d’ivoire ; c’est alors qu’elle acquiert cette apparence appétissante dont j’ai parlé dans le n° 66 du Naturaliste en parlant des Larves comestibles de Coléoptères.
Je n’insisterai pas davantage sur la larve du Prionus coria- rius qui a été très complètement décrite par plusieurs auteurs, notamment par Rœscl, Latreillc et Westwoocl et dont j’ai déjà dit quelques mots dans l’article que je viens de citer.
Par contre, j’appellerai l’attention sur sa manière de vivre. Ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est généralement, sinon tou¬ jours, dans les souches mortes ou dans les troncs pourris ou déjà malades que cette larve nait et se développe, observation qui s’applique à la plupart des Larves lignivores de Coléoptères et sur laquelle j’ai insisté en parlant de la larve et de la nymphe du Lucanus cervus.
Perris a parfaitement développé cette thèse dans son livre sur les Larves de Coléoptères afin de prouver que, contrairement à l’opinion émise par Ratzeburg et d’autres naturalistes, il ne faut pas voir uniquement des déprédateurs parmi les insectes lignivores.
C’est la même idée que Mulsant a émise, lorsque, dans son introduction à l’histoire naturelle des Longicornes de France, il dit que : « Quand la nature veut hâter la chute d’un tronc « mort ou décrépit, ou rendre promptement à la terre qu'ils « doivent fertiliser les restes inutiles d’un arbre abattu, elle « convie à cette oeuvre une foule de ces vers rongeurs. »
Lorsque la larve du Prionus eoriarius est arrivée à toute sa taille, elle quitte la souche où elle a vécu, s’installe dans le voisinage prés de la surface du sol et là se construit une coque très épaisse. Pour construire cette demeure, elle utilise les ma¬ tériaux ligneux qui sont autour d’elle, les enchevêtre et on forme
un réseau très solide dont elle comble les interstices avec de la terre bien tassée qui donne à cotte coque une grande résis¬ tance.
Les représentants exotiques du groupe des priones font des coques analogues cl le Muséum de Paris en possède un certain nombre faites par un grand prionien de l’Amérique méridio¬ nale, V Acanthophore serraticorne.
C.’est dans cette demeure que la Larve se transforme en nymphe, après avoir passé, pendant une durée que je n’ai pu étudier, par cet état intermédiaire que j’ai signalé chez la larve de l’Aromia moschata et qui existe toujours, bien qu’à des de¬ grés divers, chez les larves de Coléoptères.
La figure ci-jointe donne une idée suffisamment nette de la
nymphe de Prionus eoriarius pour qu’il soit superflu d’en donner une description détaillée ; toutefois, je crois devoir si¬ gnaler que la partie dorsale des segments abdominaux présente des mamelons analogues à ceux qui existaient chez la larve. Je n’ai pu conserver la nymphe que j’avais trouvée car je l’avais blessée en voulant la sortir de sa coque ; je; n’ai donc pu l’élever et voir combien elle passe detemps sous cet état intermédiaire, mais il me parait certain qu’ello met au moins un mois pour parvenir à l’état d’insecte parfait, s’il faut en juger par la nymphe du Dorcus qui est pourtant beaucoup plus petite et qui ne donne naissance à l’insecte qu’au bout d’un mois. Ce qu’il y a de certain c’est que ce sont les ély très qui se colorent et se dur¬ cissent eu dernier; c’est ainsi quo j’ai trouvé dans sa coque, où il était mort avant d’avoir pu en sortir, un Prionus dont tout le corps avait acquis sa couleur naturelle, mais dont les élytres étaient encore d’un brun jaunâtre très clair; il est assez fré¬ quent d’ailleurs de trouver des individus à l'état parfait dont les
habituelle au Prionus eoriarius.
LE NATURALISTE
La larve de cet insecte vit dans le chêne, mais on la trouve également dans d’autres arbres, notamment dans le cerisier. Il n’est, en effet, pas rare que les larves lignivores de Coléop¬ tères se nourrissent d’arbres d’essences différentes ; c’est ainsi que Perris, dans son admirable travail sur les larves de Co¬ léoptères, en signale un grand nombre qui, se nourrissant habi¬ tuellement du bois de châtaignier, se développent également bien dans le chêne, dans le hêtre et dans d’autres arbres.
Seulement, ce sont presque toujours des arbres botanique¬ ment voisins que les femelles choisissent pour déposer leurs œufs; aussi n’ai-je pas été peu surpris de trouver au Bois de Boulogne la larve du Prionus coriarius dans une souche de pin. Il n’y avait pas à s’y méprendre. Une grosse souche coupée à ras du sol était littéralement réduite en poussière. Tout l’intérieur était rempli de sciure et de fragments de bois perforés par de larges galeries au centre desquelles je trouvai plusieurs grandes larves de longicornes ressemblant, à s’y méprendre, à celles de Prionus que j’avais trouvées dans des souches de chênes.
Examen fait de ces larves, je reconnus que je ne m’étais pas trompé et, comme le fait me parut intéressant, je le signalai à une des séances de la Société d’Entomologie.
Mes collègues m’exprimèrent leur étonnement de cette trou¬ vaille, mais d’une .manière fort courtoise et qui ne rappelle en rien la fameuse bataille des Notiophiles à laquelle faisait ré¬ cemment allusion dans le Naturaliste un conteur spirituel, qui s’est contenté de signer : « Un abonné. »
Je répondis que l’Ergates faber , à part les deux ou trois fois qu’il a été signalé à Fontainebleau, étant exclusivement méri¬ dional, je ne croyais pas qu’il pût y avoir au Bois de Boulogne d’autre Longicorne que le Prionus pouvant avoir une larve de de cette taille vivant dans le pin.
L’incident fut clos et ma note parut au bulletin; toutefois, comme j’avais l’intention de vérifier jusqu’au bout mon asser¬ tion, je retournai au même endroit à l’époque que je savais être celle de l’éclosion du Prionus.
Mes prévisions furent entièrement justifiées, car je trouvai encore dans d’autres souches de pins plusieurs larves, plusieurs Prionus à l’état parfait et enfin une belle nymphe de femelle toute installée dans sa coque.
Il m'a paru intéressant de rappeler ce fait qui n'avait, d’ail¬ leurs, pas échappé à Ratzeburg, car il est curieux de voir le Prionus coriarius , qui vit habituellement dans le chêne, devenir parasite du Pin maritime dans des régions où 1 ’Ergates faber, parasite naturel de ce dernier arbre, ne saurait vivre.
11 y a là un cas d’adaptation qui mérite d’être signalé et dont l’insecte n’a l’air de souffrir en aucune façon, car les exemplaires que j’ai eus entre les mains étaient nombreux, en fort bon état et tout aussi bien développés que ceux que j’avais recueillis sur des chênes.
Louis Planet.
PRÉPARATION DES POISSONS
Empaillage des poissons. — Ce procédé pour la conservation des poissons peut être employé pour les moyennes et les grosses espèces, mais il demande une certaine habileté; les poissons ne sont généralement pas difficiles à dépouiller de leur peau ; voici comment on procède pour toutes les espèces à corps rond :
On pratique une incision sous le ventre et on la pro¬ longe jusqu’à la queue; on saisit ensuite les bords de la peau que l’on soulève, et avec un scalpel on dissèque celle-ci avec soin, on prenant bien garde de ne pas enlever la mince membrane argentée qui donne à ces animaux le brillant dont ils sont ornés .On coupe les nageoires à leur articulation avec le corps et on dégage la peau soit en appuyant sur la chair avec le manche du scalpel, soit avec les doigts ; on découvre ainsi le dos et enfin le tronçon de la queue que l’on coupe et déta¬ che de son extrémité, c’est-à-dire de la nageoire qui le termine. On revient ensuite au tronçon du côté de la tète et on l’écorche de même, sans renverser ni retourner la
peau, mais simplementen la faisant Tomber sur les côtés. Si on agissait autrement, on détacherait les écailles. Parvenu à la tête, on la coupe entre la boite du crâne et la première vertèbre du corps. On ne l’écorche pas, l’o¬ pération serait extrêmement difficile, mais on la vide par le trou occipital et par les opercules des branchies; on retire toutes les chairs, les yeux, le cerveau, les bran¬ chies, la langue, etc _ on achève de nettoyer complète¬
ment les nageoires en raclant avec la lame du scalpel les chairs encore adhérentes aux os ; puis on enduit avec un pinceau l’intérieur de la peau au moyen d’une bonne couche de préservatif. Pour les • grosses espèces, à derme épais et rugueux, on peut remplacer le préserva¬ tif par un mélange de cendre et de chaux pulvérisée dont on frotte la peau à l’intérieur.
On achève l’empaillage en préparant d’abord deux morceaux de fil de fer recuit ayant chacun une longueur égale 4 celle du Poisson. Le premier sera recourbé en arc de manière à suivre à peu près la courbure du dos ; il sera aiguisé à ses deux extrémités : l’antérieure péné¬ trera au travers du crâne et sortira en dehors, on peut encore la faire sortir par la bouche; l’autre extrémité traversera la queue. Le second fil de fer, formant une courbure dont la concavité regardera celle du premier, sera disposé avec celui-ci sur un plan vertical. Pour le fixer on devra le tordre autour du premier tout près de la tête et à l’autre extrémité près de la queue qu’il ne doit pas traverser (fig. 1). On prépare ensuite
de l’étoupe coupée en petits morceaux afin de pouvoir la tasser plus également ; on remplit la peau en évitant de trop la serrer, on remplit également tous les vides et on recoud les bords de l’incision l’un contre l’autre. On se sert pour cela d’un fil proportionné à la grandeur du Poisson et à la force de sa peau. On doit faire cette opé¬ ration avec de grandes précautions, la peau de quelques espèces étant très mince et se déchirant facilement. Après avoir fait un nœud à l’extrémité du fil, on passe d’abord l’aiguille de dedans en dehors en piquant an point où l’incision a été pratiquée; on descend ensuite en cousant en lacet mais en passant à chaque point l’ai¬ guille de dedans en dehors et l’on continue ainsi jusqu’à ce que l’ouverture soit complètement fermée ; on arrête alors le fil avec un nœud.
On étale ensuite les nageoires et la queue en les cou¬ sant sur des morceaux de carton ou en les maintenant entre deux plaques de liège ; cette opération terminée, on lave les écailles et on les essuie avec un linge sec. Le poisson ainsi préparé est placé sur un socle où on le laisse sécher à l’abri de la lumière. Pour hâter la dessic¬ cation on passe chaque jour sur la pièce une couche d’essence de tébérenthine qui a la propriété de conser¬ ver une partie des couleurs et de hâter la dessic-
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LE NATURALISTE
cation. On donne au sujet une attitude naturelle. On place ensuite les yeux- artificiels dans les cavités qui ont été préalablement bourrées, et on fixe ces yeux avec de la gomme. Il est inutile de dire que l’on devra toujours choisir ceux dont la couleur se rapproche le plus de celle de l’animal lorsqu’il était vivant.
Lorsque la préparation est parfaitement sèche, on la débarrasse des pièces destinées à étaler les nageoires et la queue et on la peint avec un vernis transpa¬ rent. Certaines espèces ont des couleurs brillantes ou des teintes très tranchées qui s’effacent pendant la des¬ siccation ; on peut restituer ces teintes en les peignant avec des couleurs à l’essence ; dans ce cas on ne devra les vernir qu’après cette opération. On agit de même quand on doit rendre aux branchies la couleur qu’elles avaient perdues.
Quelques naturalistes ont indiqué divers procédés pour dépouiller les poissons sans fendre la peau, en re¬ tournant le sujet par l’ouverture des ouïes et en extrayant le contenu par cette ouverture. On remplit ensuite la peau de sable fin qu’on fait écouler. par la bouche après la dessiccation. Nous n’avons pas besoin de faire remar¬ quer combien cette méthode est défectueuse et combien il est difficile de retourner un poisson écailleux sans en¬ lever ses écailles..
Les Poissons à corps plat, comme les Raies, les Soles, se dépouillent comme les autres ; on peut faire l’incision longitudinale sur le milieu de la colonne vertébrale, mais pour soutenir la peau il est nécessaire d’introduire une feuille de carton découpée sur le contour du corps de l’animal ou une plaque de liège sculptée sur la forme du corps; on bourre ensuite des deux côtés en tâchant d’imiter la forme de celui-ci. Dans ce cas l’emploi du lil de fera l’intérieur sera inutile.
Les Poissons anç/uillif ormes se dépouillent de la ma¬ nière suivante : on pratiquera sur le ventre une incision longitudinale dont la longueur sera du double de la lar¬ geur du corps de l’animal ; on dégagera la peau de cha¬ que côté et jusque sur le dos, puis on coupera le corps en deux portions en cet endroit; on saisira ensuite l’un des tronçons et on dépouillera jusqu’à l’extrémité, de manière à obtenir un fourreau continu ; on agira de même pour l’autre tronçon. Il ne s’agira plus que.de retourner la peau dans son véritable sens et de recoudre avec'soin l’ouverture du ventre. Après avoir passé inté¬ rieurement un préservatif sur la peau, on la remplit avec du son que l’on introduit par la bouche et l’on passe également par celle-ci, dans tout le milieu du corps, un fil de fer égal à la longueur du Poisson.
La préparation des grandes espèces exige quelques soins particuliers: après avoir passé les fils de fer comme nous l’avons dit, on bourre le corps en employant du foin ou de la mousse selon la grosseur de l’animal. Ainsi préparé, on le place sur une planche et l'on étend les nageoires. S’il a des nageoires ventrales, ‘il faut alors faire à la planche une ouverture à travers laquelle on les fait passer pour les étendre et, dans ce cas, la planche est supportée par deux traverses placées à chaque extré¬ mité. On étend les nageoires entre deux petits morceaux' de bois qui les maintiennent dans la position qu'on veut leur donner et on les fixe à la planche. On agit de même pour la queue. Si les ouïes doivent être fermées, on colle dessus des bandes de papier avec un peu de gomme ara¬ bique; si, au contraire, elles doivent rester ouvertes, on en fait alors d’artificielles que l’on colle et que l’on as¬
sujettit avec des bandes de papier pour les maintenir dans une position naturelle. Si la bouche doitrester ou¬ verte on la maintient dans cette position au moyen d’é¬ toupe et, si elle est garnie de barbillons, on fixe ces der¬ niers en place avec des épingles.
Certains Poissons, les Lophobranch.es et les Plecto- (jnatlies, n’exigent qu’une préparation très simple, ces animaux se dessèchent facilement, il suffit de les exposer dans un courant d’air ou dans un endroit par¬ faitement sec et ils auront en peu de temps un degré de dessiccation qui permettra de les placer dans la collec¬ tion .
Nous avons dit que les Poissons devaient être placés sur un socle. Le. socle doit être en bois, de forme allongée et proportionnée à la longueur du corps. Le Poisson ne doit pas être posé directement sur la planche, mais élevé à une certaine hauteur. Pour les grandes espèces on peut faire confectionner des broches en fer, aiguisées aux deux bouts et entourées d’un petit rebord placé un peu au-dessous de la pointe la plus aiguë ; on enfonce celle-ci jusqu’au rebord sous le ventre du Poisson, tandis que l’autre pointe fixera solidement la broche perpendiculairement sur le socle. Les broches seront vernies en noir; on pourra en employer deux pour les Poissons de forme allongée et même davantage pour ceux qui sont très volumineux. Les socles sont peints en blanc avec de la craie délayée dans la colle ; ils sont munis d’une étiquette portant le nom de l’espèce et les autres indications.
LE PAPYRUS
Le Cyperus Papyrus I,. (Cyperus antiquorum W.) ou Souchet à papier est une plante vivace très importante et la plus anciennement connue. Cette Cypéracée gigantesque s’élève à la hauteur de deux à trois mètres; elle croît au bord des eaux, dans les marais en Calabre, en Italie, en Sicile, en Égypte, en Afrique ainsi que dans toutes les parties chaudes du globe où on l’introduit.
C’est avec cette plante que les anciens Égyptiens fabriquaient autrefois le Papyrus. Pour faire le Papyrus avec ce végétal, on prenait la partie la plus grosse de la tige que l’on ouvrait en enlevant la moelle du milieu et on étalait ensuite l’écorce large d’une vingtaine de cen¬ timètres que l’on pressait et après l’avoir polie avec de l’agate ou de l’ivoire, on l’enduisait d’huile de cèdre pour la préserver de la corruption. On collait ensuite deux feuilles l’une sur l’autre en ayant soin de les pla¬ cer de manière que les fibres se croisassent afin de leur donner une suffisante consistance. Cette opération ter¬ minée, on réunissait plusieurs feuilles ensemble de façon à en faire des rouleaux de toutes longueurs que l’on déroulait devanlsoi quand on voulait les lire; on en possède des spécimens qui ont vingt mètres de lon¬ gueur et des fragments qui remontent au xvin0 siècle avant l’ère chrétienne. On a trouvé dans les jarres d’ar¬ gile hermétiquement scellées et déposées dans les tom¬ beaux et écrits sur des papyrus d’Égypte des rituels ou livres de prières pour les morts, des registres de comp-
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paysage d’Egypte avec de’gt-ands Palmiers aux pieds desquels poussent dos Cyperus papyrus (d’après une photographie) .
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labilité, des simples, lettres, des dossiers de procès et principalement des contrats passés entre particuliers pour achats et ventes ou autres conventions civiles. Quelques-uns de ces contrats en caractères égyptiens remontent au temps antérieur à Moïse et n’ont pas moins de 3,300 ans; ils sont bien conservés, grâce à la salubrité des lieux où ils ont été déposés et surtout à la bonne préparation de ce papier. En Égypte, les vieux papyrus étaient employés à faire des semelles très solides qu’on obtenait en cousant plusieurs feuilles ensemble; on possède encore aujourd’hui de ces chaussures qui ne sont pas les moins curieuses et les moins utiles de nos monuments archéologiques. Son écorce servait aussi à faire des voiles, des nattes, des couvertures, des cordes et l’on en tressait des chapeaux. Il y avait plusieurs sortes de Papyrus. Le plus fin et le plus beau était le Papyrus royal ; ensuite venait le papyrus hiératique qui servait aux écritures et aux livres qui intéressent la reli¬ gion. Saint Gérôme dit que de son temps l’usage du Papyrus était général, aussi avait-on grevé cette produc¬ tion et cette industrie d’impôts considérables; son em¬ ploi était si grevé d’impôts sous les Romains que Cas- siodore félicita dans une épître le genre humain tout entier sur la diminution de l’impôt décrétée par Théo- doric sur cette utile production.
On possède dans les musées, écrites sur papyrus, des chartes de rois de France, d’empereurs et de papes, des livres en grec ou en latin remontant au temps de la pre¬ mière monarchie française.
Pour écrire sur le Papyrus on employait le pinceau ou le roseau et des encres de diverses couleurs ; l’encre noire était généralement la plus usitée.
Les rayons de l'ombelle servaient à faire des couronnes pour les dieux. Quand Agésilas visita l’Égypte, il fut si charmé des guirlandes tressées avec les fleurs du Papy¬ rus dont le roi d’Égypte lui fit présent qu’il voulut em¬ porter en Grèce quelques-uns de ces végétaux.
Aujourd’hui, cette plante ne sert plus que pour l’orne¬ ment des bassins. Sous le climat de Paris elle est cultivée en plein air pendant l’été, mais il faut la rentrer en serre chaude l’hiver. On multiplie ce Cyperus par la division des touffes. En 1883, j’ai introduit au Sénégal cette plante où elle a trouvé un climat favorable pour se déve¬ lopper.
Henri Joret.
DIAGNOSES D’UN LÉPIDOPTÈRE NOUVEAU
Eacles Eminens n. sp., 90 et 92 millimètres
Cette espèce a une. certaine ressemblance avec l 'Eacles Impé¬ rial is Drury, mais elle s’en distingue par une taille plus petite, la forme des ailes plus arrondie, la bande des inférieures plus centrale, enfin le coloris plus foncé des dessins.
Le fond des ailes est jaune ; aux supérieures, la base, la côte et la partie comprise entre la bande et le bord externe sont pour la plus grande partie colorées de rouge brun; le reste de l’aile est strié de la même couleur. Deux points cellulaires à côté d'une tache jaune.
Aux inférieures, la partie comprise entre la bande et le bord est également rouge brun avec une éclaircie jaune à l’angle anal. Au-dessus de la bande se trouve le point cellulaire, blanc dans une tache rouge brun. A la base, quelques longs poils bruns. Aux deux ailes, la bande a extérieurement des reflets violacés.
En dessous, le jaune domine, strié de brun et accompagné de nombreux poils lilas; la bande réparait plus pâle à chaquo aile
et les trois points cellulaires, bruns, à centre blanc, sont bien indiqués ainsi qu’une tache -brune vers le ' milieu du bord externe.
Tète et collier jaunes, pattes lilas, garnies de poils épais jaunes; thorax brun rouge, abdomen jaune, annelé de rougeâtre sur le dessus.
Franges brun- rouge aux supérieures, jaune coupé do brun aux inférieures.
2 cf de San-Francisco près Loja, août 1886.
P. Dognin.
SUR UN JEUNE CHIEN MONSTRUEUX
DU GENRE TRIOCÉPHALE
Le genre Triocéphale, de la famille des Otocéphaliens, se compose de monstres unitaires autosites qui ne pos¬ sèdent pas de bouche, pas de nez et pas d’yeux, dont les mâchoires soiit atrophiées et dont les oreilles sont rap¬ prochées ou réunies sous la tête.
Fig. 1. — Jeune Chien monstrueux du genre triocéphale, 1/2 de grandeur naturelle. (Musée d’histoire naturelle d’Elbcuf.) D’après une photographie de l’auteur.
Ge genre de monstruosité n’est pas très rare chez dif¬ férents animaux domestiques; toutefois, comme un cer-
Fig. 2. — Tèto et partie de la colonne vertébrale du même, vues de côté, grandeur naturelle. (Musée d’histoire naturelle d’El¬ bcuf.) D’après une photographie do l’auteur, lainnombre des lecteurs de ce journal scientifique n'ont sans doute pas eu l’occasion d’examiner attentivement un monstre de ce genre, j’ai pensé qu’ils regarderaient avec intérêt les deux figures ci-jointes, représentant un jeune Chien Triocéphale, empaillé, de couleur noire et blanche, et sa tête avec une partie de la colonne ver-
LE NATURALISTE
tébrale. Ces deux pièces fort intéressantes appartien¬ nent au Musée d’Histoire naturelle d’Elbeuf; j’ai pu en faire l’examen et des photographies, grâce à l’obligeance du très laborieux et très habile conservateur de ce Musée, M. Pierre Noury.
Je ne veux entrer ici dans aucun détail tératologique, et me contenterai de dire que la répartition du noir et du blanc, dans le pelage de ce monstre, n’est que par¬ tiellement symétrique.
On a constaté la Triocéphalie chez le Chien, le Chat, le Cochon et le Mouton, mais j’ignore si ce genre de monstruosité a été observé dans l’espèce humaine, de¬ puis la publication du Traité de Tératologie d’Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, où cet illustre naturaliste fait savoir qu’il n’en connaît aucun exemple certain (11.
J’ajouterai que les Triocéphales, par suite de l'orga¬ nisation toute spéciale de leur tête, sont dans l’impos¬ sibilité de vivre après la naissance.
d’ajouter quelques caractères nouveaux à ceux qui servent à définir les trois tribus indigènes de la famille des Composées : les Chicoracées ou Liguliflores, — les Corymbifères ou Radiées
Fig. I. — Coupe transversale d’une bractée de Tragopogon. es, épiderme supérieur; ei, épiderme inférieur; pl, paren¬ chyme lacuneux ; pd, parenchyme dense arrondi; paq, paren¬ chyme aqueux.
— les Cynarocéphales ou Tubuliflores. Le parenchyme aqueux hypodermique qui double les faces inférieures des bractées chez les Chicoracées (iig. 1), est rare chez les Corymbifères, nul chez les Cynarocéphales. Chez ces dernières, l’hypoderme est cependant très développé; mais il est entièrement formé par du scléren- chyme (fig. 2), rare chez les Chicoracées, plus commun chez les
Henri Gadead de Kerville.
THESES
DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS
Recherches anatomiques et physiologiques sur les
bractées de l’involucre des Composées (2 , par
M. Lucien Daniel.
L’objet principal du travail de M. Daniel est l’étude anato¬ mique des bractées de l’involucre dans les Composées de la flore do France et l’application de celte étude à la classifica-
Frappé de l’homogénéité remarquable que présente, dans ses caractères essentiels, la famille des Composées, et de l’incerti¬ tude qu'apporte à l’établissement des genres ou même des tribus l’examen des caractères morphologiques secondaires, — tels que la nature do l’aigrette, l’état du réceptacle, la forme du fruit, etc., — l’auteur s’est demandé si, à défaut de l’ana¬ tomie très uniforme des organes végétatifs, celle des bractées de l’involucre n’offrirait pas des variations intéressantes, sus¬ ceptibles de fournir de bons caractères taxinomiques.
L’appareil de soutien, le stéréome (pour l'appeler par son nom), très réduit dans la feuille des Composées, est au con¬ traire très développé dans les bractées, où il est représenté soit par du collenchyme, soit par du parenchyme scléreux, soit encore par du sclérenchyme. Il y affecte d’ailleurs trois dispositions, souvent distinctes, parfois aussi diversement com¬ binées : il peut être hypodermique, fasciculaire (cordons annexés aux faisceaux libéro-ligneux) , ou médian (il est alors indépen¬ dant de l’appareil tégumentairo et - de l’appareil conducteur, c’est-à-dire plongé en plein parenchyme).
C’est au stéréome que M. Daniel a demandé, avec succès, la solution du problème qu’il s’était posé.
Les bractées do l’involucrc des Composées, étant des feuilles modifiées, présentent une gaine, un pétiole et un limbe dont les dimensions respectives dépendent du rang de la bractée que l’on considère : la gaine, rudimentaire dans les bractées externes, est au contraire très grande dans celles du centre; son déve¬ loppement est en raison inverse de celui du limbe. Or c’est dans la gaine que le stéréome est le plus riche. Comme le stéréome fournissait à l’auteur son principal caractère do classification, il a été amené, pour ses comparaisons, à choisir dans des capi¬ tules complètement développés les bractées internes les plus épaisses, et à prendre la base comme niveau invariable de ses coupes.
La disposition générale du stéréome a d’abord permis
(1) Histoire générale et particulière des Anomalies de Inorganisa¬ tion chez V Homme et les Animaux ou Traité de Tératologie , Paris, J.-B. Baillière, t. II, 1836, p. 132.
(2) Publiées dans les Annales des sciences naturelles, 1890.
a. _ Coupe transversale d’une bractée d 'Echinops sphœro-
cephalus. es, épiderme supérieur ; pl, parenchyme lacuneux ; pd, parenchyme dense arrondi; sel, sclérenchyme; ei, épi¬ derme inférieur.
Corymbifères. On voit que l’élude du stéréome de l’involucre conduit à considérer la tribu des Corymbifères, dont les carac¬ tères o-énéraux sont assez vagues, comme intermédiaire entre les
deux autres.
Dans chacune des permet aussi de défi] tableaux suivants :
stéréome fibreux
stéréome non fibreux formé par des -cellules .
trois tribus, la disposition du stéréome air les sous-tribus, comme l’indiquent les
( hypodermique . A Crépidées
( médian . B Byosiridées
( de deux formes . C Picridées
f toutes semblables . D Lactucées
! formé par / entièrement hypodermique, bande en- ) de scléren- 1
e formé d’ilots de parenchyme scléreux sclérenchyme .
ie nul ou formé do parenchyme aqueux..
A Gnitphalièes B Antkémidées
D Tussilaginées
bande hvpodcrmique supérieure rudimentaire ou non fibreuse .
§ j bande hypodermique supérieure formée par du
Dans chacune des sous-tribus, l’auteur a pu également déli¬ miter des genres douteux, justifier ou infirmer des rapproche¬ ments basés exclusivement sur la morphologie externe.
M. Daniel consacre une seconde partie de son mémoire à l’étude générale des transformations qui conduisent de la struc¬ ture do la feuille normale des Composées à celle de la bractée de l’involucre; l’examen de l’involucre de Carduus nutans lui a fourni pour cette étude une série très complète de formes de passage, et lui a permis d’établir les conclusions suivantes, confirmées par une foule d’autres observations dont l’énumé¬ ration serait fort longue :
La transformation do la feuille en bractée de l’involucrc est graduelle.
La structure hétérogène normale (tissus palissadique a la face supérieure, lacuneux à la face inférieure) qui se rencontre dans la feuille, sc modifie insensiblement et fait place û une structure homogène (palissadique ou lacuneuse); bientôt, les
Cartluées
Centaurées
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LE NATURALISTE
modifications se poursuivant dans le même sens, la structure homogène est à son tour remplacée par une structure hétéro¬ gène renversée : on observe souvent des palissades à la face
Fig. 3. — Coupe d’une bractée de l’involiicre d ’Helianthus tube- rostts, montrant la structure hétérogène renversée, es, épi¬ derme supérieur ; ei, épiderme inférieur ; paq , parenchyme aqueux ; pl, parenchyme lacuneux ; pp, parenchyme en palis¬ sade ; es, canal sécréteur.
inférieure, un tissu lacuneux à la face supérieure; tout au moins la chlorophylle est surtout localisée à la face inférieure (fig. 3). La transformation commence au niveau du faisceau libéro- ligneux médian de l’organe et se continue ensuite plus lente¬ ment sur les parties latérales. Telle est la principale modifica¬ tion que révèle l'étude anatomique des bractées ; l’auteur l’in¬ terprète fort justement comme un effet de l’orientation ; l’étude de la disposition des diverses bractées dans l’involucre jeune lui montre que si la chlorophylle se localise dans la bractée au voisinage de la face morphologiquement inférieure, c’est que cette face, au moins au début de son développement, était tournée vers la lumière.
D’autres modifications, moins essentielles, accompagnent la transformation de la feuille en bractée de l’involucre : il se fait, par exemple, une réduction dans le nombre dos canaux sécré¬ teurs, dont la disposition est, d’ailleurs, généralement diffé¬ rente dans les deux organes. Les laticifères peuvent se trans¬ former en sclérenchyme. Les nervures deviennent moins sail¬ lantes et disparaissent dans le parenchyme de la bractée. Le stéréomc fasciculaire, quand la feuille en contient, se réduit et disparait ; en même temps apparaît le stéréomc médian, qui finalement sc transforme en stéréome, hypodermique.
Mais c’est sur l’épiderme et les stomates, avec la distribution de la chlorophylle, que portent surtout les transformations importantes. L’épiderme inférieur de la bractée porte souvent des papilles qui manquent à celui de la feuille végétative. La forme des cellules dé l’épiderme bi’actéal est d’autant plus allongée, leurs membranes sont d’autant moins sinueuses, 1cm’ épaisseur et leur largeur d’autant moindres que la région recouverte par l’épiderme est moins éclairée. L’épaisseur totale des membranes et celle de la cuticule sont plus grandes à l’épiderme supérieur, qui peut prendre l’aspect d’un scléren¬ chyme, surtout au niveau des grosses nervures ; le paren¬ chyme supérieur subit un allongement et des modifica¬ tions correspondant à ceux de î’épidcrnje qui le recouvre. Le nombre des stomates, en général plus abondants à la face inférieure, diminue en même temps que l’éclairement ; ils dis¬ paraissent même complètement dans les régions placées à l’obscurité ; ce fait mérite d’être remarqué, il montre en effet que le renversement des parenchymes et de la chlorophylle n’est, pas accompagné par un renversement des stomates, dont la répartition sur les deux faces paraît acquise.
Dans cette seconde partie de son travail, M. Daniel a voulu poursuivre plus loin encore l’étude des modifications de la feuille : il a suivi pas à pas la dégradation que subit cet organe depuis la bractée mère des fleurs les plus développées jusqu’aux paillettes et aux soies les plus rudimentaires que présente le ré¬ ceptacle du capitule (V. fig. 4). Cette recherche, qui ne pouvait être que féconde en résultats, lui a montré que la dégradation
porte à la fois sur le mésophylle, qui passe presque partout à la structure homogène, diminue beaucoup d’épaisseur et peut
Fig. 4. — Diverses formes delà coupe de la soie du réceptacle
de l’Artichaut. — On y observe une dégradation progressive
de la structure.
même disparaître totalement (Centaurea, Echinops), — sur la chlorophylle, qui s’y. rencontre très rarement, — sur les élé¬ ments libéro -ligneux, très réduits ou nuis, — sur le stéréome, qui finit aussi par disparaître, — sur les canaux secréteurs, qui généralement ne se différencient pas.
A cette' étude anatomique, que le lecteur peut juger très complète, du capitule des Composées, l’auteur a joint quelques considérations physiologiques : c’est la partie la plus courte, mais non la moins intéressante, de son travail.
On pouvait se demander si la couche, souvent fort épaisse, de sclérenchyme que doivent traverser les radiations lumineuses pour atteindre le parenchyme chlorophyllien de la face infé¬ rieure d’une bractée n’apporte pas quelque modification aux phénomènes d’assimilation; en un mot, si le sclérenchyme est transparent pour l’assimilation. Quelques expériences, faites à l’aide de l’appareil à analyses de MM. Bonnier et Mangin, ont donné une réponse affirmative : le passage de la lumière à travers le sclérenchyme n’introduit aucun trouble dans l’assi¬ milation chlorophyllienne.
On sait que, dans les racines de beaucoup de Composées (Aunéc, Topinambour, etc.), l’amidon est remplacé par une autre substance, de même constitution chimique, l'inuline, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool qui la précipite en sphérocristaux. Découverte èn 1804 par M. V. Rose, cette subs¬ tance est généralement considérée comme jouant un rôle de réserve. M. Daniel l’a retrouvée dans les capitules d’un grand nombre de Composées, en particulier do toutes les Cynaro- céphales, principalement de l’Artichaut, de la Bardanc, de diverses Centaurées, etc. 11 a observé qu’elle est surtout abon¬ dante dans les parties peu éclairées des capitules, ce qui le porte à croire que Yobscurité favorise l’élaboration de l’inuline. Comparant ensuite des capitules d’ Artichaut de divers âges (de très jeunes capitules, d’autres en fleurs, et enfin ceux où les bractées commencent à se flétrir et où les graines sont à peu près mûres), il a pu constater que l’inuline, rare dans les capi¬ tules très jeunes, s’accumule de plus en plus à mesure qu’ils se développent, pour atteindre son maximum au moment où ils sont bons à la consommation, c’est-à-dire quand les fleurs et les fruits vont se former; plus tard l’inuline abandonne successivement les bractées, le réceptacle, les fruits même, pour émigrer en quelque sorte dans les graines arrivées a maturité. Ces observations prouvent que l’inuline du capitule des Composées est, non pas un produit d’élimination, mais une réserve de courte durée , entièrement utilisée, pour le dévelop pcment de l’ovaire et pour celui de l’embryon.
On voit quelle ample moisson de faits renferme la thèse de M. Daniel. Désireux do lever tous les doutes au sujet de son interprétation physiologique du renversement des parenchymes dans les bractées de l’involucre des Composées, il a examiné de plus les involucros des Ambrosiacées , Dipsacées , Campanulacees , Plombaginées , Ômbellifères, etc., assez analogues à ceux des Com¬ posées, — les spathes do nombreuses Monocotylédonécs, — des calices — des gaines d'1 feuilles végétatives, etc. L’ana¬ tomie de tous ces organes a pleinement confirmé sa manière de voir, et lui permet de donner à son important mémoire cette conclusion très générale : La structure de la feuille , homogène à son début , se différencie suivant la direction et l’intensité des rayons lumineux qu’elle reçoit au moment de sa différenciation.
A. D.
LE NATURALISTE
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CHRONIQUE
Destruction de l’Anthonomus pomornm. — M. A. Léveillé a communiqué à la dernière séance de la Société cntomologique de France un procédé de destruction de Anthonomus Pomorum L. qui a donné des résultats excellents à un agriculteur distingué de Seine-et-Oisc, M. Jules Poupinel. Ce procédé consiste à faire des fumigations de soufre dans les Pommiers, en mai, à l'époque où nait le Charançon, avant l’épanouissement des fleurs; car l’on sait que la femelle de l’Anthonomo, à cette époque, perce les boutons à fleurs pour y déposer un oîuf, dont la larve détruira la fleur avant son épanouissement et la stérili¬ sera. Ces fumigations se font avec, un brûleur quelconque, même avec un vieux seau do fer-blanc hors d’usage qu’on pro¬ mène entre toutes les branches de l’arbre. 11 sullit de 1 kilo do soufre en canon (0 fr. 50) par. gros arbre et il faut un quart d’heure environ pour pratiquer la fumigation d’un très gros Pommier. M. Jules Poupinel, cette année, a constaté que tous les arbres ainsi fumigés étaient couverts de fruits, et que ceux laissés, de distance en distance, sans traitement, comme té¬ moins, n'avaient pas une pomme .
Nécrologie. — M. Ed. André; un de nos distingués colla¬ borateurs, vient de mourir ; nos lecteurs ont pu appré¬ cier en lui un entomologiste, consommé. Il avait entrepris de¬ puis de longues années une publication très importante : Le Species des Hyménoptères d’Europe et d’Algérie ; une trentaine de fascicules étaient déjà parus. Sa mort suspend cet important travail. Espérons que cette suspension ne sera que de courte durée, et qu’un entomologiste courageux, ou qu’un groupe d’entomologistes; voudra bien entreprendre la .continuation de cette publication devenue, indispensable.
Les distributions de graines et de plantes du Muséum de Paris. — Le Muséum persévère à suivre l'excellenle voie dans laquelle il est entré. Le service de la culture vient de faire pa¬ raître le catalogue des graines et plantes vivantes offertes aux établissements d’instruction publique. Il comprend des graines pour jardins botaniques, pour l’ornementation; des plantes vivantes, arbres et arbustes, bulbes et rhizomes, greffons d'arbres fruitiers.
Société des sciences naturelles de l’Ouest de la France. — La
commission de surveillance et le directeur-conservateur du Muséum (L’Histoire naturelle de Nantes, encouragés par un groupe nombreux d’amis des sciences des différents départe¬ ments de l’Ouest, ont pris l’initiative de fonder à Nantes une Société des Sciences naturelles de l’Ouest, cle la France, établie sur des bases plus larges mais analogues à celles des Sociétés qui se sont formées à Strasbourg en 1872, à Lyon en 1878 et qui ont déjà produit d’importants résultats.
Elle fait appel à tous ceux qui s'intéressent au progrès de la science et qui considèrent comme utile de centraliser, dans un bulletin spécial, les travaux des sciences naturelles qui se pu¬ blient sur la région. Ces travaux, qui deviennent chaque jour plus nombreux, sont disséminés dans un grand nombre de pu¬ blications françaises, parfois même étrangères, et, chose re¬ grettable, restent le plus souvent ignorés des personnes qu’ils pourraient intéresser.
S’adresser pour tous renseignements à M. le Dr Louis Bu¬ reau, au Muséum de Nantes.
LIVRES NOUVEAUX
Tableaux analytiques pour déterminer les coléoptères d’Europe, tra¬ duits de l’allemand. — I. Nècrophages, par Ed. Ileitter, un vol. iii-8° de 116 pages, 3 fr. 50 (I).
En dépit des essais tentés à plusieurs reprises par des ento¬ mologistes de talent, tous les ouvrages se proposant de doter la France d’une Faune des coléoptères sont toujours restés inachevés, souvent à peine commencés et toujours bien loin du but à atteindre. L’Histoire naturelle des coléoptères de France , par Mulsant, est ce que nous avons de mieux en ce genre : mais, outre que la plupart des fascicules sont épuisés et presque
(1) En vente aux bureaux du journal, chez M. Ernest Olivier, 10, cours de la préfecture, à Moulins (Allier); chez M. Crois- sandcau, 15, rue du Bourdon-Blanc, à Orléans (Loir'*»).
introuvables, cet ouvrage atteint un prix très élevé, bien. que ne décrivant que les insectes qui se trouvent .i.-m-